L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

REACTIONS A CETTE TRIBUNE         ENVOYER UNE REACTION   


Qu'est-ce qu'être Centrafricain en 2010 ?
par
Yves Nguengo-Baliakado

 

Cette tribune a été retirée à la demande de l'auteur,
une maison d`édition entend publier cet article

 

Réactions à cette tribune

Clément Boute Mbamba (06/08/2010) : Cher compatriote Yves, je me permets de compléter ta chronologie de la fatalité décennale:

CENTRAFRIQUE : CHRONOLOGIE DECENNALE
1946 1ère élection de Boganda au palais Bourbon
1956 réélection de Boganda toujours comme député [23 juin LOI CADRE ou début d'administration locale par les autochtones, c'est surtout ça, l'évènement capital de 1956]
1966 coup d'état de la saint sylvestre[le miroir de tous nos travers]
1976 proclamation de l'empire centrafricain[la plus grande des tragédies Centrafricaines]
1986 adoption d'un référendum constitutionnel[fin mal orientée du CMRN par le referendum du 21 novembre]
1996 des séries de mutineries
2006 les libérateurs de Bozizé rentrent en rébellion
2016 : j'attends [CBM dans sa 205 arrivant au palais de la renaissance et prêtant serment. Début d'une nouvelle ère, d'un nouveau Centrafrique.]
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A cette rétrospective, il faut ajouter la période qui va d'avril 1959 à décembre 1964. Cette période particulière concentre les germes de ce qui explosera plus tard sous Bokassa et les régimes suivants à savoir l'existence d'un non-état. En effet, la mission des pères fondateurs de la RCA était de bâtir un état dans toute l'acception du terme c'est à dire un territoire et une nation. Or , aux lendemains de l'accident de Boganda, la neutralisation des différents prétendants fit rage et lorsque Dacko l'emporta sur Goumba, il entreprit d'utiliser les maigres ressources de l'état pour consolider exclusivement son pouvoir via le parti. Ce n'était pas l'état que l'on consolidait, mais le pouvoir de Dacko. Ainsi, tous ceux qui sont venus après Dacko et qui appartiennent tous à ce courant de philosophie ne font que faire ce que devrait faire tout bon président Centrafricain, à savoir: faire mieux que son prédécesseur dans la consolidation de son pouvoir. Et faire mieux, !
cela signifie enfoncer davantage le pays(1).

Le problème est donc à l'origine.

On a voulu poser des tuiles sans avoir eu à acquérir un terrain, à y faire les relevés nécessaires, à y bâtir les fondations requises et à y élever les murs. Prenons-le pour évidence, que ce soit en 46 ou en 56 voire 59/60; les pères fondateurs de la RCA que sont les Boganda, Goumba, Dacko, Ngounio,Guerillot...ont échoué dans la mission qui était la leur et qui consistait à bâtir une double entité unique, c'est à dire un territoire et une nation. Au départ, nous n'avions pas pour projet de vivre ensemble. Les différentes peuplades qui vivaient sur le territoire qui est devenu l'Oubangui-chari n'avaient pas cette vocation de fonder une république. C'est le gouverneur depuis Brazzaville qui a décidé du destin de ces hommes et de ces femmes qui étaient sur le même espace mais sans projet de communauté. Du jour au lendemain, nous sommes passés de la coexistence à la juxtaposition. Puis cette période fut marquée par le type particulier d'exploitation que fut la colonisation!
de l'Oubangui-chari. Ainsi, ceux qui ont commencé dès 1946 à nous représenter, puis en 1956 à nous administrer et enfin 1960 à nous gouverner, avaient pour mission de nous faire passer de la juxtaposition à la communauté en donnant non seulement à notre territoire tous les attributs réels qui font de lui une république souveraine, mais en initiant une politique globale pour faire de ces différentes peuplades devenues centrafricains, une nation. L'usage du sango aurait pu faciliter cette tâche. Hélas les années charnières de post-indépendance furent mises à profit pour assouvir soit les libidos de certains ou la soif du pouvoir exclusif des autres. C'est là, la véritable tragédie que nous avons connu.

Être Centrafricain en 2010, c'est être le même qu'en 1960 même si le contexte n'est plus identique. Les doléances légitimes se sont accrues et les nécessités se sont multipliées, effroyablement. La démocratie a été non seulement ravie, mais elle est devenue une aventure malheureuse et le peuple depuis 1956 à ce jour a toujours été trahi. Le centrafricain de 2010 a aussi soif de liberté. Il a toujours faim, il est toujours mal habillé, il est toujours mal logé, il est toujours mal formé, il est toujours objet de mépris de la part de ses gouvernants. À l'occasion du cinquantenaire de la proclamation de la république Centrafricaine, dans une tribune intitulée: «51 années d'éternels recommencements:1er décembre 1958 - 1er décembre 2009»je disais ceci, le 30 novembre 2009: « L'actualité de ces cinq dernières années et l'histoire des quarante six années précédentes doivent nous interpeller et nous obliger en toute humilité à nous interroger sur la nécessité de fonder une no!
uvelle république instruite des erreurs du passé. En agissant de la sorte, nous nous doterons des moyens institutionnels forts et justes qui nous permettront d'éviter la répétition de l'histoire.
La fondation de cette nouvelle république passe obligatoirement par la construction d'un énoncé politique clair, lui même issu d'une structure politique cohérente, porté par une nouvelle génération de femmes et d'hommes non atteint par l'usure, l'impunité, la gabegie...qui président à nos destinées depuis la proclamation(fondation) de cette république sans projet et sans objet qu'est la RCA.
Il nous faut donc une nouvelle ambition nationale capable de jeter de nouvelles perspectives et de nous faire sortir de nos ghettos-refuges (ethnie, région, religion, habitude...) pour passer de la juxtaposition à la communauté.»


En définitive et pour ne pas faire langue de bois ou hypocrite; être Centrafricain en 2010 ne signifie pas grand-chose. Culturellement, l'homme Centrafricain reste encore à inventer. Statutairement parlant, pour nous qui disposons encore du passeport, nous savons que ce n'est qu'un état parce que dans la réalité, chez nous, nous cultivons l'apparence de tout: l'apparence d'un pays, l'apparence d'un peuple, l'apparence d'une démocratie, l'apparence de 2010, l'apparence de...

Le défi des années à venir, de ceux qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire; est de donner aux concepts «Centrafrique et Centrafricain», du contenu. Dans la même tribune évoquée plus haut, je disais: «Or le bilan de ces cinquante une dernières années nous confère une triple mission: réparer les erreurs du passé, construire et préparer l'avenir. Telle est la mission, telle est notre mission. Si nous ne l'accomplissons pas, ce sera une abjuration citoyenne d'abord et politique ensuite; que nos enfants, nos petits enfants voire notre vieillesse ne nous pardonneront pas.
Cette mission multiforme qui passe par la réappropriation de notre destin commun nous emmènera à relever le défi de l' Organisation, de la Structuration et de la Gestion de la RCA dans sa double dimension Unique c'est-à-dire comme Territoire et Nation.» Autrement dit, reprendre tout à ZERO.

Dans son message d'adieu au ministre des affaires étrangères,Frederick Bishop Cook,Ambassadeur des USA à Bangui disait ceci il y a quelques jours: «Je suis déçu par le manque d'unité, d'organisation sociale et politique entre les centrafricains, malgré la devise du pays qui est : « Unité Dignité Travail » » car « c'est l'unité qui favorise le travail et c'est le travail qui fait naître la dignité».
On ne pouvait pas trouver meilleur exorcisme que celui-ci.


CBM
1: le dire, ne signifie pas que j'encourage la chose ou que je trouve des justifications aux actes commis par les uns et les autres. Je pose juste le contexte.

Barthélemy Mandekouzou-Mondjou (07/08/2010) : "Demain seul reste et les après-demain" (Péguy)
« Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié ; ils étendent les pensées dont on leur présente les germes ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux » (Voltaire, Dictionnaire philosophique).
C'est bien ainsi que je perçois l'invitation de cette Tribune ; mais encore faudrait-il que le débat se présente avec toute la clarté que recommande le second principe cartésien sur les chaînes de raison et permette de « diviser chacune des difficultés à examiner en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre».
Quel sens précis donner à ce qui, a priori, apparaît comme une quête d'identité ?
Les voies ouvertes à profusion font penser aux « chemins qui ne mènent nulle part » de Martin Heidegger ; les chemins suivis par les forestiers et se perdant dans la forêt sans être des impasses parce qu'ils conduisent chacun, malgré tout, vers un arbre : celui qui est programmé pour être abattu. De la même manière nous voici engagés sur des voies qui sont autant d'interrogations diverses et variées et qui, à cause de ceci mais sans manquer de pertinence, font perdre dans tous les cas son unité au cheminement de la pensée.
J'ai fini par retenir qu'il nous faut projeter le Centrafrique dans l'avenir. Mais tracer des perspectives sur l'avenir suppose une parfaite connaissance des forces et faiblesses du présent comme récapitulation de notre histoire et donc de notre passé.
J'insiste sur « histoire ». Le débat qui, chez les philosophes, tend à faire admettre qu'elle n'a pas la noblesse des sciences exactes ne dénie point à l'histoire le droit au titre de « science » comme connaissance fondée sur la rigueur, les analyses approfondies et l'objectivité. Tout le contraire des envolées truculentes et plutôt anecdotiques dont est souvent émaillé le récit sur le cinquantenaire des indépendances africaines.

« Malheur à la ville, dont le prince est un enfant », dit l'Ecclésiaste.(Qohelet, 10, 16).
Platon rêvait pour la Cité idéale (Calê polis) qu'elle fût confiée à des philosophes ou à des rois et princes devenus des philosophes authentiques : c'est à cette condition qu'il y aurait un terme aux maux des cités et à ceux du genre humain. (République V, 473d-473e)
Au regard de ce rappel, la politique est service de l'homme et vise à l'instauration du meilleur cadre possible pour son épanouissement.
Au regard de ce rappel les Cinquante Ans d'indépendance en République Centrafricaine, à des degrés divers, mais sans surprise, affichent qu'il n'y avait pas de miracles à attendre. Et il n'y eut pas de miracles : de 1960 à 2010.
Lequel des Pays Africains francophones, dans l'état d'impréparation généralisée qui était leur sort à tous, était assez masochiste pour réclamer une autonomie quand elle n'avait aucune chance de se révéler viable ? Sans la moindre hésitation Louis Sanmarco, dans Le Colonisateur colonisé, répond pour Boganda, dont il dit que si à quelque chose malheur est bon, il est mort Français : comme il a toujours souhaité !
Vers le Cinquantenaire suivant ?
Ici l'appel de cette Tribune sonne à mes oreilles comme un réveil pour une conscience centrafricaine tirant les leçons des malheurs passés et s'engageant à s'en donner les moyens pour bâtir un monde nouveau ! Regardons autour de nous : les temps que nous traversons désormais sont difficiles. La solidarité est un rêve et chacun ne peut que compter sur lui-même. Le monde devient une jungle où survivront ceux-là seuls qui auront appris à se battre.
La nouvelle génération a les moyens pour ce combat, pour la victoire que je sais possible et que je souhaite à notre Pays.
MONDJO

Barthélemy Mandekouzou-Mondjou (08/08/2010) : Dystopie et Utopie centrafricaines

Mon choix est fait, qui ne retient point le thème de l'Identité centrafricaine : parce que rien ne nous autorise, je pense, à identifier ce Peuple soit aux échecs de son passé, soit aux espoirs que nous pouvons nourrir pour son avenir. Le bilan négatif des 50 années écoulées depuis les indépendances, à des degrés divers, accuse ceux qui étaient au pouvoir et l'ont confisqué pour une gestion dont, à aucun moment, ils pouvaient s'estimer comptables devant le Peuple.

L'élan et les espoirs impulsés par Barthélemy Boganda ont été brisés avec sa brutale disparition ce 29 mars 1959. Dès lors le Pays a perdu l'homme qui n'était pas soupçonnable d'entrer en politique pour des intérêts personnels ; ni soupçonnable de concevoir sa relation au Peuple autrement que dans une totale et parfaite osmose.

La meilleure gestion possible de la Cité et, par la même occasion, le meilleur service de l'homme pour Barthélemy Boganda en Oubangui-Chari comme pour Thomas Sankara au Burkina Faso, une quarantaine d'années plus tard, représentent tout ce qui peut être entrepris et conduit à l'Emancipation sociale du Peuple : un projet qui se décline dans les cinq actions offrant au Peuple les moyens de « se nourrir, de se loger, de se soigner, de s'instruire, de se vêtir ».

L'Empire français -comme la Communauté qui lui succédait à partir de septembre 1958- fonctionnait comme une entreprise avec son « gouvernement centralisé ». Les Représentants des différents territoires, dont l'Oubangui-Chari, même dans les fonctions de députés et représentants de leurs Peuples respectifs au Palais Bourbon, fonctionnaient un peu comme des Délégués du Personnel dans la gestion sociale des Entreprises. Et Boganda, rompu au commerce des humanités grecques et latines, s'est révélé pour la défense de l'Oubangui-Chari et de ceux qui lui ont donné mandat un excellent bretteur, un habitué des préaux et tribunes politiques après avoir été celui des chaires d'églises.
Il nous reste de lui les discours attendrissants sur la cause du Peuple, qui, -hélas !-, feront de lui un agitateur dangereux pour la cause et les intérêts des sociétés concessionnaires. Elles étaient la mainmise de la Métropole, un pouvoir supplétif mais néanmoins tout-puissant : incontournable dans la gestion des colonies. Elles auront sa peau. Et ce crime revêtira le sceau de l'impunité à la faveur d'une enquête qui, comme de bien entendu, aura tourné court : à supposer qu'elle eût été jamais ouverte !
La morale cette histoire, c'est qu'on ne peut impunément contrarier la politique des chambres de commerces qui avaient décidé de raser gratis. C'est au prix de sa vie que Boganda paya donc son impudence.

La succession de Boganda qui, pour l'efficacité, devait passer aux compagnons de ses combats, dont a priori et singulièrement le Professeur Abel Goumba, fut soumise à la surprenante règle de transmission légitimant le lien du sang. Elle fut donc dévolue à des héritiers : Dacko, le neveu, puis Bokassa qui se dira lui aussi un autre neveu de Boganda.
Très tôt la gestion d'un pays s'est donné comme objectif et règles du jeu la préservation d'un patrimoine familial, clanique ou ethnique. Le coup d'état de la saint Sylvestre, confiait Bokassa, visait à sauver ce patrimoine que l'incompétence de Dacko risquait de faire basculer en des mains étrangères : et l'intrus était le commandant Izamo ! La déclaration de Dacko après l'opération Barracuda est, elle aussi, significative à cet égard : « J'ai accepté de revenir au pouvoir et assurer la succession de Bokassa pour éviter aux Ngbakas des représailles et une extermination à cause des exactions de Bokassa ».
Les ambitions de nos Chefs d'Etat pour leur Pays en République Centrafricaine sont ainsi définies dans leurs limites évidentes et elles n'ont pas évolué avec les pouvoirs successifs : Dacko1, Bokassa, Dacko2, Kolingba, Patassé et, aujourd'hui, Bozizé. Les coups d'état rythment les alternances au pouvoir et la République Centrafricaine en compte un certain nombre ! L'exercice du pouvoir y est toujours la combinaison de cette stratégie double : tout faire pour conserver le pouvoir, mais aussi s'enrichir le temps que ça dure.

Au bilan de 50 années d'indépendance, voilà l'image que la République Centrafricaine donne d'elle. Et c'est cette image qui suscite les prises de conscience que nous avons plaisir à enregistrer ici et là auprès d'une génération qui monte et qui est décidée, je crois, à faire que tout ceci change.
Les 50 années à venir : c'est cette espérance avec des vœux fervents pour son avènement !
bmmondjo

Henri Paul Akibata Kette (10/08/2010) : Bonjour,

D’emblée la question poignante servant de titre à cette tribune est éloquente et suffit à elle seule un nombre incalculable de réactions… Qu’est-ce qu’être Centrafricain en 2010. Pis, qu’est-ce qu’un Centrafricain ?
La tribune est riche en enseignement où au détour d’une phrase, d’un sous-titre, l’Homme Centrafricain est ausculté, dans les différents coins et recoins, et apparaît nu pendant ce voyage. Du coup ce voyage par le verbe n’est pas fait par l’Homme Centrafricain. C’est ce voyage qui le fait ou qui le fera, qui sait ?… Différents sujets sont abordés. Chacun a le mérite d’être repris et analysé profondément.
Comme les précédents intervenants, j’estime légitime d’apporter un regard sur ce sujet brûlant. La vivacité de cette question sur l’identité de l’Homme Centrafricain ne doit avoir de prétexte que les 50 ans d’indépendance seulement, et après rangée dans le tiroir des oubliettes une fois l’année 2010 achevée. Cette question doit nous tarauder sans cesse jusqu’à ce qu’une réponse digne des Homme lui soit apportée. Le money time est assez appréciable pour que l’on s’y focalise avec attention, rigueur et détermination jusqu’à la pointe d’une aube nouvelle où l’accomplissement de nos désirs les justes pour ce pays se matérialisera.
Ici, tour à tour, je veux compléter certaines interrogations du compatriote Yves et apporter certains éléments de réponse ou d’appréciation.
L’interrogation mise en relief découle en premier d’une observation précise. Cette observation place l’observateur au centre de son élément d’observation même et fait de lui, de facto, l’acteur premier des réponses. Comme Yves, Clément, Barthelemy, tout autre compatriote qui le consent et moi-même, nous ne pouvons nous dérober de cette observation et du coup de la tâche qui nous incombe d’apporter des solutions concrètes… Encore faudra-t-il le faire.
Dans les pas de l’auteur, je reconnais qu’en Centrafrique, le rendez-vous manqué avec le destin semble devenir un sport prisé de génération en génération. Plusieurs fois des occasions se sont offertes à l’Homme Centrafricain dont les années les plus marquantes sont 1979 (à la chute du régime Bokassa), en 1993 (avec le leitmotiv Changement) et en 2003 (avec les Libérateurs). Ces occasions manquées ne scellent le destin de ce peuple. Ce sont des rendez-vous de l’Histoire avec des Hommes, à un moment précis. Et en Centrafrique, il existe encore des Hommes. C’est le moment de mettre le doigt sur les manquements afin que ceux de demain puissent se montrer les heureux époux capables de donner le change à ce pays meurtri par les trahisons multiples des siens.
Frantz Fanon déclarait : “Chaque génération découvre sa mission, elle la trahit ou l’assume“. Certainement Yves ou Clément, ou Barthelemy ou moi ou encore tout autre Centrafricain pourra donner le change à cette situation criarde qui incite ce débat d’aujourd’hui. Encore faut-il que nous trouvions notre mission. Pourtant cela n’est point difficile. Clément et bien d’autres le savent. Mais ce qui est facile n’est pas toujours assumé, surtout en Centrafrique. Sommes-nous capables cette fois ?... Wait and See !
Concernant le cas de notre langue SANGO. Tout ce que l’auteur a dit, j’y souscris entièrement. Le Centrafricain a une position ambigüe avec cette langue, sa langue dont la fierté ne dépasse guère son imaginaire. Quelle place accordée à cette langue ? Celle décrétée comme langue officielle ? Aujourd’hui nous nous rendons compte de la limite de cette officialisation car l’expression en elle-même n’existe pas ou tarde à venir. Et à ce rythme, il est plus que sûr de sa disparition que de son érection totale en langue officielle. Par exemple les Centrafricains de la Diaspora ont du mal à apprendre en priorité cette langue à leurs progénitures nées à l’étranger. La fierté est que l’enfant ne sachant parler sa langue maternelle… Cela fait mieux, ou tendance ? Pis, lorsque ces enfants sont arrivés du pays (RCA), il faut s’empresser de l’amener à ne plus le parler… Et que dirons-nous des fonctionnaires de l’Etat ? La course à celui qui parlera le mieux la langue de Molière… Ces exemples montrent aisément que la Créolisation du SANGO est fortement avancée et cela n’est guère mieux et pour le Centrafricain. Pour ma part, deux possibilités s’offrent à nous pour donner du relief à cette langue et en faire l’outil par excellence d’unité et aussi celui capable de faire reculer l’analphabétisme. La première : Sachant que le SANGO est issue du riche répertoire des langues Bantu (400 langues répertoriées), nous pouvons l’enrichir en vocabulaire et fixer définitivement son écriture en puisant dans les autres. C’est une question de volonté. La seconde est toujours d’enrichir cette langue avec les différents patois des ethnies existant en Centrafrique. Cette seconde solution a été déjà testée lorsque Madame Ruth Roland s’inspirant du patois NZAKARA (par exemple Nzé ti MVOUKA, Nzé ti NGBUERERE, Nzé ti KAKAOUKA, et j’en passe) pour introduire les mois de l’année dans le SANGO.
Le traitement réservé à cette langue est symptomatique de tous les maux dans ce pays. Comment le Centrafricain doit-il se projeter dans le futur ? Car tout d’abord nous sommes des hommes ayant une culture, influencés directement par les éléments sociaux et sociétaux de notre environnement immédiat. Quels sont les éléments issus de cet environnement les avons-nous utilisés pour bâtir notre identité (encore si identité, il y a) ? A l’instar des pays Asiatiques qui ont fait un bond spectaculaire en peu de temps, ceux-ci ont su se reposer sur certaines valeurs sociales et sociétales de leur tradition pour aller à la conquête du modernisme battant pavillon “développement“. L’alchimie tradition/modernité est inexistante en Centrafrique. Pourquoi ? En rebondissant sur ce que Clément a si bien relevé, le territoire Oubanguien n’avait d’ambition de devenir une Etat et encore moins une nation. C’était une cohabitation, imposée par les Colons, des différentes ethnies se retrouvant sur ce territoire délimité. Quels sont les matériels utilisés par les responsables Centrafricains afin que les frontières des différentes ethnies existantes deviennent poreuses pour un emboîtement aisé capable de faire de ce territoire un Etat transhumant vers une nation ? Une réponse s’impose à cette question. Mais cette réponse ne peut se faire que par le biais des connaissances précises de la société Centrafricaine (études et contributions des différentes ethnies) où l’alliage de celles-ci et des valeurs modernes doivent s’imbriquer… Voilà un défi qui s’offre à tout un chacun.
Dans une tribune (Ne nous occultons point) publiée sur ce même site, j’ai posé une question : “Dans quelle mesure le peuple Centrafricain doit-il se sentir responsable de la situation particulière de la société postcoloniale, de la crise de sa communauté pour s’assumer pleinement […] “. Ici cette question revient avec force car le Centrafricain de 1960 et celui de 2010 est pratiquement le même à quelques détails près… Et ma réponse à cette question était scindée en deux. Il s’agit de distinguer la responsabilité rétrospective et prospective. Aujourd’hui en 2010, notre responsabilité sur les erreurs commises par nos pères aux lendemains des indépendances est quasiment nulle, inexistante. Cependant, nous avons toute responsabilité concernant la prospection des différentes solutions capables de nous inventer un lendemain meilleur. 50 ans se sont écoulés. Des années et des années sont à venir. N’attendons pas que demain nos enfants nous jettent à la figure la puanteur de nos bêtises comme aujourd’hui nous le constatons pour nos parents… Gaston Berger a dit : “Demain est moins à découvrir qu’à inventer“. Osons avec force, détermination inventer le Centrafrique de demain. C’est chaque Centrafricain l’acteur principal de cette invention car l’aigreur de la misère, il est le premier à le vivre, à l’observer.

SINGUILA MINGUI.

Robert Wandékouzou-Mondjo (13/08/2010) : A toutes fins:

Abbé Joseph-Marie Ngoui Akandji, 82 ans,
Grand témoin de l'histoire de la Centrafrique. Par Carine Frenk
« L'image qui m'est restée c'est celle de deux drapeaux au Palais de la nation à Bangui. Le drapeau français qui descendait et le drapeau centrafricain qui montait simultanément. Dans la foule, j'ai vu des gens qui pleuraient ...»
RFI. Interview de ce jour : 13/08/2010

Mon Commentaire :
Nostalgie, quand tu nous tiens !
Lorsqu’on célèbre le cinquantenaire de l’indépendance de la République Centrafricaine, Mgr Joseph-Marie Ngoui-Akandji, comme beaucoup de ses compatriotes, se souvient des temps anciens. Il nous laisse entendre que l’indépendance était avant tout une promesse.
Pour les hommes de cette génération et ceux des générations suivantes qui ont connu Barthélemy Boganda ou, à défaut, ont entendu parler de ses combats, l’indépendance, c’était l’avènement de conditions de vie meilleure pour le Peuple Centrafricain ou, en d’autres termes, la fin d’un malheur : l’exploitation rude et inhumaine des sociétés concessionnaires, qui étaient le véritable pouvoir en place.
Comme une relève de la garde la levée des couleurs centrafricaines en ce 13 août 1960 quand le drapeau français perdait de la hauteur et leur cédait la place en était un symbole éloquent, mais, - hélas !-, une étape.
En pensant à Boganda disparu sans connaître ce jour, une image me vient à l’esprit, celle de Moïse à qui il a été donné seulement d’entrevoir la Terre Promise. Il n’y entra point. La suite de l’aventure fut poursuivie et achevée par les autres héritiers de la Promesse de Yahweh.
C’est le sort réservé à l’aventure centrafricaine : à cette différence près que le Pays attend toujours, pour son essor, que « Dame Nature » suscite des « héritiers authentiques » à Barthélemy Boganda.
Barthélemy M. Mondjo, alias : abatchou

Moussa Dangabo (05/09/2010) : Henri Paul Akibata Kette nous informe que "la créolisation de Sango est fortement avancée". C'est donc inquiétant pour la Centrafrique et pour l'Afrique! Faisons donc l'effort de parler souvent et correctement notre langue entre nous, même sur un blog ou un forum. Arrêtons de disserter sur la francophonie. Parlons le français comme troisième langue, car chacun d'entre-nous possède une langue maternelle en plus du Sango. Toutes les langues se valent: un Japonais parle le japonais, tout comme un chinois. S'il leur arrive de parler l'anglais ou le français, cela reste purement instrumental... Faisons donc comme les Japonais et les Chinois. C'est en conservant leur culture qu'ils sont (re)devenus des grandes puissances... J'invite mes compatriotes à davantage d'esprit critique!!! Fini kodé

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