L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

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NE NOUS OCCULTONS POINT
par
Henri Paul Akibata Kette

 

Dans quelle mesure le peuple africain (Centrafricain) doit-il se sentir responsable de la situation particulière de la société postcoloniale, de la crise globale de sa communauté pour s’assumer pleinement dans des actions concrètes à dessein patriotique contraire à l’ethnicisme et à l’irresponsabilité ambiante ?

Cette question peut être paraphrasée pour l’adapter à multiples situations où des réponses simples, directes peuvent induire une prise de conscience suffisamment dense seule vectrice d’une nouvelle société aux antipodes du présent si douteux ?

Esquisser des réponses à cette question est réservé à toute personne sensible à la situation de l’Afrique en général et de la Centrafrique en particulier. Faisant partie de cette meute - même désorganisée – je vais essayer d’apporter ma contribution.

Pour ma part, il est essentiel d’opérer un distinguo dans la responsabilité en question. Ce distinguo est celui de considérer deux sortes de responsabilité. La responsabilité rétrospective et la responsabilité prospective.
Pour continuer, il est utile de remarquer que je parlerai des Africains et des Centrafricains. Pas tour à tour, mais d’une manière continue où l’un désigne l’autre et vice versa.

La responsabilité rétrospective du peuple Centrafricain, par le biais des différentes générations qui se sont succédé depuis les indépendances, est limitée. Nous ne pouvons nous culpabiliser de la traite négrière, ni de la colonisation et encore moins de la décolonisation. Peut être en faisant de l’anachronisme, mais cela ne nous avancerait guère en terme de solutions si ce n’est que d’essayer de comprendre les faits passés. Ainsi en terme de responsabilité rétrospective, celle-ci est limitée voire nulle.

Quant à la responsabilité prospective, elle est illimitée, totale. Les différentes générations actuelles ne peuvent se dédouaner de la crise particulière de la société postcoloniale régnant encore fortement, et celle plus globale de l’ensemble de la communauté centrafricaine s’y émanant.

Avant de m’avancer pour justifier ma position sur la responsabilité prospective non assumée et donner des pistes de réflexion, il est primordial de revenir sur la société postcoloniale et ses corollaires vecteurs essentiels de la crise globale de notre communauté. Ceci dans le but de battre en brèche les théories forts limitées des hérauts de l’assimilationnistes c’est-à-dire ceux qui voient l’avenir de l’Afrique qu’à travers l’adoption sans réserve de l’héritage de la colonisation.

La société postcoloniale en Afrique en général est celle héritée des colons et dirigée en principe par les Africains eux-mêmes, et ce depuis les indépendances. Déjà pour mieux appréhender la responsabilité prospective des générations qui se sont succédé, il est recommandé de faire un audit, ici non exhaustif, de l’administration des pays africains par eux-mêmes et tirer un constat, que j’espère temporaire, susceptible d’évoluer dans le sens positif.

BILAN SUCCINCT DE L’AFRIQUE INDEPENDANTE

Il est un constat qui fait peur à relever pour un Africain surtout en ce début du 3ème millénaire. Partout où un regard juste et impartial se pose dans le monde, l’on trouve des Africains ou des Noirs généralement et systématiquement confrontés à la pauvreté, à la misère, à la maladie, à la famine, au chômage, à l’injustice et au désespoir. Le tout accompagné de la violence sous toutes ces formes qui découle de telles conditions de vie.

Cette situation découle en grande partie de l’héritage perpétué de la société postcoloniale par les différents responsables politiques et aussi des élites du continent. Celle-ci (la société postcoloniale) offre en permanence à l’ensemble des peuples du monde un spectacle hallucinant de médiocrité et constitue de facto le point d’ancrage et de fossilisation de tous les préjugés séculaires que les autres peuples du monde se sont forgé des Africains.

Les différents dirigeants Africains, à quelques exceptions près, par leur incurie et leur absence d’ambition et de patriotisme pour leurs pays, contribuent ainsi à perpétuer dans le monde entier l’image mythique d’un Nègre maudit, image péjorative induisant la mise en place de ladite société.

Loin de moi l’intention de transformer cette tribune en un tribunal des dirigeants Africains, ce qui n’est l’objet. Faire ce constat, même sommaire des indépendances en Afrique et de la perpétuation de la société postcoloniale est à dessein. Ce dessein est de dénoncer le mimétisme théorique et même rhétorique des thèses héritées de la période coloniale et soigneusement entretenues par les différents pouvoirs se relayant dans les pays Africains. Ce mimétisme se trouve dans le mode de fonctionnement des pouvoirs mis en place à l’aune des indépendances. C’est ce système que Jean Pierre KAYA qualifie de néopatrimonialisme. “Le néopatrimonialisme est un système politique de la société postcoloniale fondé sur l’idéologie du ventre. Il fonctionne comme une pompe à aspirer toutes les ressources notamment financières et matérielles de l’Etat, par les acteurs qui sont sensés le servir. Il a donc besoin d’être renfloué de façon permanente avec de l’argent frais. D’où proviendrait cet argent en Afrique sinon de la rente et de l’aide au développement ?“

LES CAUSES DE LA RESPONSABILITE PROSPECTIVE DES AFRICAINS

Il est apparu que le système colonial a laissé comme legs plus de tares que des choses positives. Depuis leur départ, l’Afrique s’est retrouvée entre les mains de ses natifs. Scrupuleusement nous nous sommes attelés à renforcer tous les points négatifs.

A quelques exceptions près, aucune voix ne s’est levée pour recadrer ces grossières déviations sur la perpétuation de la société postcoloniale. Chaque régime en Afrique s’évertue (souvent qu’en paroles) à atténuer l’aigreur des abjects vécus depuis les temps anciens par l’immense majorité de la population. Ils renforcent (ces différents régimes) ou essaient de corriger ce qui est qui de plus est vil et en défaveur de la majeure partie de la population Africaine. Cette façon légitime les arguments mesquins des théoriciens du droit naturel. Alors que le point fondamental à l’intérieur de chaque pays, ce qui doit être le souci premier des élites et des dirigeants est de faire émerger ce qui doit être, ce dont salutaire pour chaque pays du continent.

Jamais, toute génération confondue, les Africains ont cherché à occuper dans l’espace et dans le temps un terrain ou mieux LE terrain de l’expertise générale de sa situation pouvant fournir à chaque génération des grilles bien définies d’une prospection suffisamment dense capable d’induire des remises en question salutaires voire salvatrices.

PISTE POUR AMORCER LA PROSPECTION : LA CULTURE

La responsabilité de ma génération, comme celles antérieures, comme nous le disons ci-dessus, réside dans la prospection pour trouver des solutions adaptées à nos réalités, à ce que nous sommes intrinsèquement. Pourtant les choses ne sont point figées. Il est toujours temps d’amorcer cette prospection. Peut être le plus difficile est de lui attribuer une dimension et surtout en partant d’un postulat.

Toutefois, le but recherché ici est d’ouvrir le débat sur cette responsabilité non assumée et ainsi espérer faire émerger un nouvel état d’esprit dans la recherche et l’application des solutions salutaires pour une Afrique meilleure, digne et responsable.

Pour ma part, la responsabilité prospective non assumée totalement se trouve dans la dimension culturelle. C’est-à-dire l’irresponsabilité de l’Africain a assumé sa culture, à la valoriser et en faisant d’elle le soubassement de toutes ses actions. C’est ce qui a engendré la perpétuation de la société postcoloniale d’où les crises récurrentes sur le continent. Pour s’en persuader, il est utile de revenir sur la définition intrinsèque de la culture. De cette manière nous pourrons, je suppose, mieux appréhender la faute de tout un chacun dans la tergiversation de notre société.

La Culture : Selon le dictionnaire Le Petit Larousse, la culture est définie comme étant l’ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société. Telle que définie, la culture de chaque peuple, notre culture est ce qui nous distingue et qui nous définit le mieux sans présomption ou fatuité quelconque. C’est elle qui s’exprime, en principe, dans tous les registres de la vie d’un peuple au quotidien. Concevoir et réaliser un ouvrage tel qu’une maison est un acte culturel (par exemple les maisons en toiture de paille en Afrique, les toits en pagode en Asie, etc.) au même titre que composer une chanson sur un rythme bien donné (Rumba chez les Congolais, Makossa chez les Camerounais, Salsa chez les Cubains, le Blues chez les Américains, Motenguene chez les Centrafricains ?), concevoir, peindre ou sculpter un tableau ; préparer un plat avec les produits locaux, etc. La culture est l’élément fondamental de tout peuple, de toute civilisation. C’est d’elle que s’exprime les grands traits de la vie d’une nation ou d’une civilisation

I - L’interdépendance et l’influence évidente de la culture sur les différents aspects de la vie d’une nation.

I – 1 - La culture et la politique : Comment peut-on comprendre les crises à répétition en Centrafrique sans revisiter sa culture ? Comment comprendre que les centrafricains et notamment les élites parlent d’avenir du pays et donc du développement, sans faire une moindre allusion à leur culture ? Comment un homme politique, un candidat à une élection majeure (par exemple les présidentielles ou les législatives) sans avoir associé et encore moins assumer son héritage culturel c’est-à-dire ce qu’on pense, ce qu’on est, ce qu’on sait faire et on sait transmettre depuis de nombreuses générations et qui reste valable comme point de départ, point d’ancrage de tout processus et / ou projet politique ?

La culture, notre culture est notre manière de mettre notre génie en valeur : inventer, innover, créer, renouveler le savoir et la réalité en fonction des besoins de son environnement proche et lointain. Cela suppose et induit qu’aucune œuvre politique n’est réalisable sans une implication majeure et même totale de la dimension culturelle qui est dans les faits la manière de penser, de se penser, etc. De cette réalité y découle les échecs récurrents des différents dialogues, conférences sensées ouvrir la voie de la prospérité au pays. Jamais lors des grands rendez-vous du pays Centrafrique, la culture n’a été invitée et mise sur la place d’honneur. Est-ce trop de remettre au cœur du débat cette assertion : Développer son pays, c’est le développer culturellement, car la culture est un tout ?

Pour s’en convaincre, prenons le cas de deux pays qui ont des rôles prépondérants en Afrique. Il s’agit de la France et de la Chine. Ces deux pays adulés pour les uns et haï pour les autres ne se sont pas retrouvés en première ligne dans le continent Africain par un effet du hasard. C’est la mise en avant de leur culture, en l’assumant et en la vulgarisant.

La révolution française de 1789, c’est une énorme révolution culturelle qui a même embrasé même l’ensemble du continent Européen. Elle a influencé la vision de la France par rapport à elle-même et par rapport au rôle qu’elle entend jouer dans le reste du monde. Le rayonnement de ce pays par le génie de ses inventeurs, des hommes de lettre, des artistes, etc. sont teintés d’une volonté de véhiculer la culture française en dehors de ses frontières et du continent Européen.

La Chine par sa révolution culturelle au printemps 1946 a jeté les bases de son expansion de maintenant. C’est une évidence tue à dessein. Loin de renier le bilan humain catastrophique de cette révolution culturelle, celle-ci à permis aux Chinois de compter sur eux, de valoriser ce qu’ils ont et de chercher des moyens de se développer par eux et pour eux. Aujourd’hui, les Africains sont en train d’accourir pour faire de la Chine un nouveau pays maître comme le fut et l’est encore la France. Il y a aujourd’hui même un sommet Chine-Afrique comme le sommet France-Afrique. Comment des pays à eux seuls puissent réunir tout un continent ? Parce que ceux-ci se sont définis une mission en s’appuyant sur leur culture.

Au vu et au su de ce qui précède, l’évidence à relever aisément se trouve dans la définition, pour une nation, de sa mission, d’œuvrer à la concrétisation que par le biais de sa culture. Nulle autre voie possible. Toutes les grandes nations, leur rayonnement n’est d’abord que culturel.

I – 2 – La culture et l’économie : l’économie qui est le seul domaine sur lequel tous les politiques consacrent entièrement l’essentiel de leurs énergies n’est en fait qu’une dimension parmi tant d’autres de la culture. C’est une évidence à saisir l’importance, car ne point appréhender cette réalité, la primauté de l’économie sur le social, sur le culturel engendrerait toujours que les causes fondamentales du sous-développement.

En effet, l’économie n’est pas spontanée, elle est la résultante de l’état de la culture, de sa vitalité et / ou de son déclin. C’est la culture qui est le socle de la puissance des nations considérées de grandes. Le progrès scientifique et technique est essentiellement un phénomène culturel. De même que tous les miracles économiques dépendent de la relation étroite que la société entretient avec son patrimoine culturel. C’est le non être culturel qui produit le non être économique. Ne se penser économiquement que comme consommateur, c’est se penser partiellement, c’est vivre amputé d’une partie précieuse de soi. C’est la domination culturelle qui garantit la domination économique. En agissant comme nous le faisons en Afrique où la tendance est à la consommation effrénée de l’occident, nous empruntons le chemin par excellence d’une disparition car un peuple sans culture est appelé à disparaitre. Un peu partout en Centrafrique comme dans le reste de l’Afrique, la tendance est à l’européanisation ou mieux à l’occidentalisation dans l’habillement, dans la manière de penser, de copier des concepts et les transposer sans égard à notre réalité. Nous sommes devenus que des simples consommateurs schizophréniques des produits culturels occidentaux. Et comme nous sommes que des consommateurs culturels, toute notre attitude tend dans ce sens : consommer et non produire, ce qui économiquement n’est rentable.

I – 3 – La culture et la jeunesse : Frantz Fanon déclarait : “Chaque génération découvre sa mission, elle la trahit ou l’assume“. A la jeunesse centrafricaine, une question se pose : la jeunesse centrafricaine a-t-elle déjà découvert sa mission ? A-t-elle pris conscience que cette mission est d’abord culturelle ?

Autant de questions dont des réponses ne peuvent être données ici car c’est la manière d’appréhender cette réalité que dépendront les réponses. Toutefois par les différentes aspirations (politique, sociale, économique) de la jeunesse centrafricaine, l’on est en droit de se demander si celle-ci a un aperçu juste de son héritage culture. Par exemple : Où en est la chanson centrafricaine ? Relève-t-elle et révèle-t-elle l’identité de ce peuple ? Et les activités artistiques (peinture, danse, sculpture, etc.) sont-elles l’expression de l’unicité et du caractère distinctif d’un groupe social ? Quelle importance la langue nationale Sango a-t-elle pour la jeunesse centrafricaine ? Est-elle valorisée suffisamment partout où se trouve ce peuple ?

Et légitimement une autre question s’impose, quel héritage culturel dispose la jeunesse centrafricaine ? Les générations précédentes ont-elles laissé ou transmis un héritage suffisamment solide capable de transcender la consommation schizophrénique des produits culturels occidentaux ? La réponse ne peut être que mitigée voire timorée. Le parlé d’une ethnie, les valeurs humaines à respecter, le respect de la nature et de l’Homme, l’expression artistique d’un groupe ethnique (danse, chants, etc.). Tout cela constitue un héritage. Mais qu’en est-il du patrimoine culturel ? Trop de questions dont la plus importante reste la mission de la jeunesse centrafricaine et son acceptation et sa matérialisation par des actes valeureux. Le Congolais Mawete Makisosila a affirmé : “la culture est l’ensemble des valeurs transmises des ascendants aux descendants sans le consentement des descendants“. La jeunesse centrafricaine a-t-elle pris conscience de sa culture seule valeur capable de l’amener au mieux-être comme l’a fait les Français ou les Chinois pour ne citer que ceux là ?

II – LA CULTURE CENTRAFRICAINE ET SON EXPRESSION

Avant d’aborder la culture centrafricaine, il y a une idée vile ambiante contemporaine selon laquelle la culture africaine est surannée, archaïque, qu’elle constitue un frein au développement. Cette idée véhiculée à dessein est fausse car c’est une manière toute simple amenant les Africains en général à se rejeter. Certes, il y a des choses à délaisser ou à recadrer grâce à une prospection du monde actuel. Cette attitude sera bénéfique à plus d’un titre. A partir des grandes tendances culturelles, analysons l’expression de la culture nationale.

Art : L’expression artistique en Centrafrique a accusé un retard énorme. Les tableaux peints par les nationaux sont pratiquement introuvables. La peinture centrafricaine n’est point connue. Et s’il faut qu’il ait existence de ces œuvres d’art, il est difficile de l’attribuer à un natif de ce pays du centre de l’Afrique.

Outre les tableaux, les masques traditionnels retrouvés souvent et pratiquement au niveau du seul centre artisanal ne racontent pas toujours l’histoire d’un peuple, d’une ethnie. Pourtant il est important de savoir que les différents masques font partie de l’historicité d’une région, d’une contrée donnée. Et pour que cette logique soit maintenue, une entente et surtout une transmission intergénérationnelle est importante permettant aux “anciens“ de passer le témoin à la génération future. Y remédier est essentiel si l’on veut perpétuer la transmission les différentes expressions culturelles. Dans le même registre, les sculptures sont quasiment abandonnées. Pourquoi ? Pourquoi ce désintéressement sur les objets et créations qui relatent mieux notre façon de penser, de se penser et d’appréhender la vie ? Car chaque masque, chaque sculpture raconte une histoire, personnifie un événement, véhicule une pensée. Ils ne sont point une œuvre anodine relevant seulement du génie des créateurs. Il y a des masques ou sculptures funéraires, festifs, totémiques, protecteurs, etc. Ce sont ces œuvres qui doivent être connues et perpétuées.

Pis, le commun de chaque centrafricain ne connait l’importance d’un musée. Et pour toute la République, il n’y a qu’un seul musée : Musée Barthelemy Boganda. Et son importance et encore celle de sa fréquentation n’est saisie par la majorité de la population. Pourtant, chaque région et voire chaque préfecture doit avoir un musée. Et penser au meilleur moyen d’inciter les jeunes à les fréquenter serait une voie excellente de conscientisation d’une partie de la jeunesse. En France, l’un des objectifs assignés au ministère de la culture est la fréquentation des musées par la population et plus par les jeunes. Comment comprendre que ce pays qualifié de développé accorde-t-elle une place importante à ce que nous, en Centrafrique, considérons de dépasser ? Comment comprendre que les vieilles cathédrales et églises datées du 14 et 15ème siècle sont préservées alors que c’est plus simple de les détruire et de construire des logements sociaux ou des lignes de chemin de fer ? Ces différents exemples non exhaustifs peuvent nous aider à reconsidérer l’importance de la culture dans le processus d’évolution d’un pays même développé fusse-t-il.

Musique : où en est l’expression de la musique centrafricaine ? Elle est déracinée. Inexistence d’un rythme à la centrafricaine relayée au niveau sous-régional, continental voire international. Le Motenguene qui a essayé de percer n’a pas bénéficié du patriotisme des musiciens encore moins du soutien des politiciens. Aujourd’hui la musique centrafricaine est emplie des rythmes étrangers tels que la Rumba, le Soukous, le Coupé Décalé, etc. L’identité centrafricaine ne transparait nullement, or celle-ci ne peut être véhiculée et valorisée via la musique. Et aussi la musique moderne centrafricaine est par excellence l’outil de la valorisation de la langue nationale le SANGO qui l’une des expressions par excellence de la culture centrafricaine.

Outre la musique moderne, il y a d’excellents répertoires de musique traditionnelle. Pratiquement chaque ethnie possède un rythme musical digne d’être perpétué, non qu’en son sein mais aussi au niveau national. Que sont devenus les groupes tels que KPNINGBO des Zandé, les BROTOS des Banda, ou encore le groupe de MOKAO SATANIC pour ne citer que ceux là ?

Théâtre, Cinéma : l’expression scénique tel que le théâtre ou le cinéma – pour ne citer que ces deux – nous en gardons que des bons vieux souvenirs à travers les troupes théâtrales dont les précurseurs sont Etienne GOYEMIDE, Faustin NYAMOLO, Benoit Basile SIANGO sans oublier Goneyo REPAGO. Ces nationaux ont initié un début de mouvements à la fin des années 70 et début 80. Des troupes théâtrales professionnelles avec des pièces écrites, montées et présentées au public. Une émulation saine qui a eu des répercussions heureuses sur la jeunesse centrafricaine. Qui ne se rappelle pas les pièces telles que “Les mangeurs de poulets crevés“, “Aux pieds du Kapokier“ ou encore “Monsieur de Paris“? Après eux il y a eu les TONGBONDA pièce satirique où les vécus maladroits du commun des centrafricains étaient dénoncés. Aujourd’hui, il est difficile de situer la marche de cette expression culturelle. Pourtant cela constitue également un moyen de véhiculer le génie de l’Homme Centrafricain et aussi de tirer ce pays de son éternel anonymat, comme les Ivoiriens ont fait avec les fameux “Guignols d’Abidjan et Ma Famille“.

Ecriture : Il y a des écrits littéraires tels que les œuvres de Pierre SAMMY MACKFOY, Etienne GOYEMIDE, Cyriaque YAVOUKO qui remontent le vécu du peuple Centrafricain à travers des péripéties différentes. Pour les Bandes Dessinées, il y a les fameux épisodes de Monsieur TEKOUE avec ses compères MAMBISSI, MAWA, etc. dans TATARA, sans oublier les productions de l’ENS avec les enquêtes de l’Inspecteur MANDELO dans BALAO.

Aujourd’hui la culture centrafricaine ne s’exprime nulle part ou tout au plus d’une manière timorée par la persistance de Vincent MAMBACHAKA, ou encore de MALEPOPO. Pour y remédier, celle-ci doit être appropriée ou mieux réappropriée par la classe politique et au-delà de cette sphère, par chaque centrafricain. Toutefois, il est fort utile de faire remonter à chaque centrafricain l’état réel de sa culture, son expression quasi inexistante. Ce choix gageur peut faire prendre conscience à tout un chacun afin qu’il se recadre au niveau personnel pour créer un mouvement au niveau national.

CONCLUSION : Tourner le dos définitivement à la société postcoloniale ne peut se faire que par le biais d’un regard non de délectation mais de prospection afin de dénicher des pistes pour retrouver le chemin de la revalorisation de l’Homme Africain à travers sa culture. Nous avons la responsabilité de cette mission. Prospecter, trouver et initier des mouvements culturels capables de nous faire prendre conscience que notre épanouissement est d’abord culturel. La place incontournable de la culture est difficile à reconnaître car le retour en soi est ce qui est pénible à l’Homme Africain. Pourquoi ce retour salutaire est-il si difficile ? Et pourquoi surtout ce sont les élites en grande partie qui s’y oppose ? Pourquoi tant de fascination sur les valeurs des autres sans éprouver réellement les nôtres ? Pourtant ce qui fait la force et l’admiration d’un peuple, c’est son attachement dans ses valeurs ancestrales, donc culturelles, son amour envers son environnement quelle que soit sa nature.

SINGUILA MINGUI

 

Réactions à cette tribune

Jean Mbalanga (01/11/2009) : J'ai lu ce texte avec intérêt. J'ai noté deux propositions. D'un côté que les Africains ont allègrement renforcé les mauvais côté du système, et qu'en plus par malheur, ils aiment pas se regarder (notion de irresponsabilité culturelle).

En psychanalyse on parlerait de comportement anormale, schizophrénique. Quelqu'un qui se "nie" (la perception de l'autre se fait à travers la culture), qui se complait dans une attitude ambiguë (FRANC FANON " Peau noire masque blanc") s'inscrit dans une logique sociale plein d'embûche.

Dès lors revenons sur les perspectives d'analyses plus éclairantes.

1) Ma Critique

la pensée repose sur une sociologie figée. Ici chaque notion requière une prospective improbable afin d'être dans la dynamique événementielle. La posture de recherche, quand on fait le constat d'une réalité sociale non assumée n'est pas aisée.

Les Africains n'aiment pas la culture que les intellectuels leur dit d'ingurgité. Les gens sont dans un rapport coût/bénéfice.

2: Nos arguments

Pour la méthodes, un grand sociologue français ALAIN TOURAINE initiateur du courant "actionaliste", mis en œuvre dans la compréhension du mouvement Solidarnosc en Pologne, disait qu'il y a deux types personnes :
Ceux qui réfléchissent à la tombée de la nuit, c'est à dire quand les événements sont terminés (les historiens par exemples), et ceux s'impliquent chemin faisant dès l'aube, quand les événements se déploient. Il est plus intéressant de construire avec les "acteurs" eux même, les contours de leurs utopies. C'est une démarche intellectuelle fragile parce qu'on est partie prenante de l'action, mais combien prometteur en terme de résultat directement utilisable.

2) Que sont les classes sociales en Afrique?

Une recherche sur les classes moyennes en Afrique est entrain de se faire. En 2020 la majorité de la population qui consomme se trouvera dans les pays en développement. Ces gens prendrons des décisions individuelles qui auront des conséquences sociales remarquables sur le plan politique.

Nous recherchons des structures qui auront des conséquences internes vérifiable. Il s'agit pas de rentrer dans des considérations souvent loin du chômeur africain.

Les leaders doivent prendre leur responsabilité et admettre que le citoyen est insatisfait depuis 50 ans.

Mes salutations amicales à tous

Hurel Régis Béninga (14/01/2010) : Bonjour,

J'ai lu avec intérêt cet article combien bien structuré.
Seulement en ce qui concerne la partie artistique et littéraire (théâtre, cinéma, poésie, roman, nouvelle...), il me semble que l'article souffre d'un manque crucial d'informations. Il serait bien d'actualiser cette partie qui à mon avis n'est pas le reflet actuel du paysage artistique et culturel centrafricain.
Je suis bien disposé à vous apporter ma contribution si cela est nécessaire.

Bien cordialement,

 

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