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L'arbre à
palabre
Tribune de
réflexion
REACTIONS A CETTE TRIBUNE
ENVOYER UNE REACTION
NE NOUS OCCULTONS POINT
par
Henri Paul
Akibata Kette
Dans
quelle mesure le peuple africain (Centrafricain) doit-il se sentir
responsable de la situation particulière de la société postcoloniale, de
la crise globale de sa communauté pour s’assumer pleinement dans des
actions concrètes à dessein patriotique contraire à l’ethnicisme et à
l’irresponsabilité ambiante ?
Cette question peut être paraphrasée pour l’adapter à multiples
situations où des réponses simples, directes peuvent induire une prise
de conscience suffisamment dense seule vectrice d’une nouvelle société
aux antipodes du présent si douteux ?
Esquisser des réponses à cette question est réservé à toute personne
sensible à la situation de l’Afrique en général et de la Centrafrique en
particulier. Faisant partie de cette meute - même désorganisée – je vais
essayer d’apporter ma contribution.
Pour ma part, il est essentiel d’opérer un distinguo dans la
responsabilité en question. Ce distinguo est celui de considérer deux
sortes de responsabilité. La responsabilité rétrospective et la
responsabilité prospective.
Pour continuer, il est utile de remarquer que je parlerai des Africains
et des Centrafricains. Pas tour à tour, mais d’une manière continue où
l’un désigne l’autre et vice versa.
La responsabilité rétrospective du peuple Centrafricain, par le biais
des différentes générations qui se sont succédé depuis les
indépendances, est limitée. Nous ne pouvons nous culpabiliser de la
traite négrière, ni de la colonisation et encore moins de la
décolonisation. Peut être en faisant de l’anachronisme, mais cela ne
nous avancerait guère en terme de solutions si ce n’est que d’essayer de
comprendre les faits passés. Ainsi en terme de responsabilité
rétrospective, celle-ci est limitée voire nulle.
Quant à la responsabilité prospective, elle est illimitée, totale. Les
différentes générations actuelles ne peuvent se dédouaner de la crise
particulière de la société postcoloniale régnant encore fortement, et
celle plus globale de l’ensemble de la communauté centrafricaine s’y
émanant.
Avant de m’avancer pour justifier ma position sur la responsabilité
prospective non assumée et donner des pistes de réflexion, il est
primordial de revenir sur la société postcoloniale et ses corollaires
vecteurs essentiels de la crise globale de notre communauté. Ceci dans
le but de battre en brèche les théories forts limitées des hérauts de
l’assimilationnistes c’est-à-dire ceux qui voient l’avenir de l’Afrique
qu’à travers l’adoption sans réserve de l’héritage de la colonisation.
La société postcoloniale en Afrique en général est celle héritée des
colons et dirigée en principe par les Africains eux-mêmes, et ce depuis
les indépendances. Déjà pour mieux appréhender la responsabilité
prospective des générations qui se sont succédé, il est recommandé de
faire un audit, ici non exhaustif, de l’administration des pays
africains par eux-mêmes et tirer un constat, que j’espère temporaire,
susceptible d’évoluer dans le sens positif.
BILAN SUCCINCT DE L’AFRIQUE INDEPENDANTE
Il est un constat qui fait peur à relever pour un Africain surtout en ce
début du 3ème millénaire. Partout où un regard juste et impartial se
pose dans le monde, l’on trouve des Africains ou des Noirs généralement
et systématiquement confrontés à la pauvreté, à la misère, à la maladie,
à la famine, au chômage, à l’injustice et au désespoir. Le tout
accompagné de la violence sous toutes ces formes qui découle de telles
conditions de vie.
Cette situation découle en grande partie de l’héritage perpétué de la
société postcoloniale par les différents responsables politiques et
aussi des élites du continent. Celle-ci (la société postcoloniale) offre
en permanence à l’ensemble des peuples du monde un spectacle hallucinant
de médiocrité et constitue de facto le point d’ancrage et de
fossilisation de tous les préjugés séculaires que les autres peuples du
monde se sont forgé des Africains.
Les différents dirigeants Africains, à quelques exceptions près, par
leur incurie et leur absence d’ambition et de patriotisme pour leurs
pays, contribuent ainsi à perpétuer dans le monde entier l’image
mythique d’un Nègre maudit, image péjorative induisant la mise en place
de ladite société.
Loin de moi l’intention de transformer cette tribune en un tribunal des
dirigeants Africains, ce qui n’est l’objet. Faire ce constat, même
sommaire des indépendances en Afrique et de la perpétuation de la
société postcoloniale est à dessein. Ce dessein est de dénoncer le
mimétisme théorique et même rhétorique des thèses héritées de la période
coloniale et soigneusement entretenues par les différents pouvoirs se
relayant dans les pays Africains. Ce mimétisme se trouve dans le mode de
fonctionnement des pouvoirs mis en place à l’aune des indépendances.
C’est ce système que Jean Pierre KAYA qualifie de néopatrimonialisme.
“Le néopatrimonialisme est un système politique de la société
postcoloniale fondé sur l’idéologie du ventre. Il fonctionne comme une
pompe à aspirer toutes les ressources notamment financières et
matérielles de l’Etat, par les acteurs qui sont sensés le servir. Il a
donc besoin d’être renfloué de façon permanente avec de l’argent frais.
D’où proviendrait cet argent en Afrique sinon de la rente et de l’aide
au développement ?“
LES CAUSES DE LA RESPONSABILITE PROSPECTIVE DES AFRICAINS
Il est apparu que le système colonial a laissé comme legs plus de tares
que des choses positives. Depuis leur départ, l’Afrique s’est retrouvée
entre les mains de ses natifs. Scrupuleusement nous nous sommes attelés
à renforcer tous les points négatifs.
A quelques exceptions près, aucune voix ne s’est levée pour recadrer ces
grossières déviations sur la perpétuation de la société postcoloniale.
Chaque régime en Afrique s’évertue (souvent qu’en paroles) à atténuer
l’aigreur des abjects vécus depuis les temps anciens par l’immense
majorité de la population. Ils renforcent (ces différents régimes) ou
essaient de corriger ce qui est qui de plus est vil et en défaveur de la
majeure partie de la population Africaine. Cette façon légitime les
arguments mesquins des théoriciens du droit naturel. Alors que le point
fondamental à l’intérieur de chaque pays, ce qui doit être le souci
premier des élites et des dirigeants est de faire émerger ce qui doit
être, ce dont salutaire pour chaque pays du continent.
Jamais, toute génération confondue, les Africains ont cherché à occuper
dans l’espace et dans le temps un terrain ou mieux LE terrain de
l’expertise générale de sa situation pouvant fournir à chaque génération
des grilles bien définies d’une prospection suffisamment dense capable
d’induire des remises en question salutaires voire salvatrices.
PISTE POUR AMORCER LA PROSPECTION : LA CULTURE
La responsabilité de ma génération, comme celles antérieures, comme nous
le disons ci-dessus, réside dans la prospection pour trouver des
solutions adaptées à nos réalités, à ce que nous sommes intrinsèquement.
Pourtant les choses ne sont point figées. Il est toujours temps
d’amorcer cette prospection. Peut être le plus difficile est de lui
attribuer une dimension et surtout en partant d’un postulat.
Toutefois, le but recherché ici est d’ouvrir le débat sur cette
responsabilité non assumée et ainsi espérer faire émerger un nouvel état
d’esprit dans la recherche et l’application des solutions salutaires
pour une Afrique meilleure, digne et responsable.
Pour ma part, la responsabilité prospective non assumée totalement se
trouve dans la dimension culturelle. C’est-à-dire l’irresponsabilité de
l’Africain a assumé sa culture, à la valoriser et en faisant d’elle le
soubassement de toutes ses actions. C’est ce qui a engendré la
perpétuation de la société postcoloniale d’où les crises récurrentes sur
le continent. Pour s’en persuader, il est utile de revenir sur la
définition intrinsèque de la culture. De cette manière nous pourrons, je
suppose, mieux appréhender la faute de tout un chacun dans la
tergiversation de notre société.
La Culture : Selon le dictionnaire Le Petit Larousse,
la culture est
définie comme étant l’ensemble des usages, des coutumes, des
manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent
et distinguent un groupe, une société. Telle que définie, la culture de
chaque peuple, notre culture est ce qui nous distingue et qui nous
définit le mieux sans présomption ou fatuité quelconque. C’est elle qui
s’exprime, en principe, dans tous les registres de la vie d’un peuple au
quotidien. Concevoir et réaliser un ouvrage tel qu’une maison est un
acte culturel (par exemple les maisons en toiture de paille en Afrique,
les toits en pagode en Asie, etc.) au même titre que composer une
chanson sur un rythme bien donné (Rumba chez les Congolais,
Makossa chez
les Camerounais, Salsa chez les Cubains, le Blues chez les
Américains, Motenguene chez les Centrafricains ?), concevoir, peindre ou sculpter un
tableau ; préparer un plat avec les produits locaux, etc. La culture est
l’élément fondamental de tout peuple, de toute civilisation. C’est
d’elle que s’exprime les grands traits de la vie d’une nation ou d’une
civilisation
I - L’interdépendance et l’influence évidente de la culture sur les
différents aspects de la vie d’une nation.
I – 1 - La culture et la politique : Comment peut-on comprendre les
crises à répétition en Centrafrique sans revisiter sa culture ? Comment
comprendre que les centrafricains et notamment les élites parlent
d’avenir du pays et donc du développement, sans faire une moindre
allusion à leur culture ? Comment un homme politique, un candidat à une
élection majeure (par exemple les présidentielles ou les législatives)
sans avoir associé et encore moins assumer son héritage culturel
c’est-à-dire ce qu’on pense, ce qu’on est, ce qu’on sait faire et on
sait transmettre depuis de nombreuses générations et qui reste valable
comme point de départ, point d’ancrage de tout processus et / ou projet
politique ?
La culture, notre culture est notre manière de mettre notre génie en
valeur : inventer, innover, créer, renouveler le savoir et la réalité en
fonction des besoins de son environnement proche et lointain. Cela
suppose et induit qu’aucune œuvre politique n’est réalisable sans une
implication majeure et même totale de la dimension culturelle qui est
dans les faits la manière de penser, de se penser, etc. De cette réalité
y découle les échecs récurrents des différents dialogues, conférences
sensées ouvrir la voie de la prospérité au pays. Jamais lors des grands
rendez-vous du pays Centrafrique, la culture n’a été invitée et mise sur
la place d’honneur. Est-ce trop de remettre au cœur du débat cette
assertion : Développer son pays, c’est le développer culturellement, car
la culture est un tout ?
Pour s’en convaincre, prenons le cas de deux pays qui ont des rôles
prépondérants en Afrique. Il s’agit de la France et de la Chine. Ces
deux pays adulés pour les uns et haï pour les autres ne se sont pas
retrouvés en première ligne dans le continent Africain par un effet du
hasard. C’est la mise en avant de leur culture, en l’assumant et en la
vulgarisant.
La révolution française de 1789, c’est une énorme révolution culturelle
qui a même embrasé même l’ensemble du continent Européen. Elle a
influencé la vision de la France par rapport à elle-même et par rapport
au rôle qu’elle entend jouer dans le reste du monde. Le rayonnement de
ce pays par le génie de ses inventeurs, des hommes de lettre, des
artistes, etc. sont teintés d’une volonté de véhiculer la culture
française en dehors de ses frontières et du continent Européen.
La Chine par sa révolution culturelle au printemps 1946 a jeté les bases
de son expansion de maintenant. C’est une évidence tue à dessein. Loin
de renier le bilan humain catastrophique de cette révolution culturelle,
celle-ci à permis aux Chinois de compter sur eux, de valoriser ce qu’ils
ont et de chercher des moyens de se développer par eux et pour eux.
Aujourd’hui, les Africains sont en train d’accourir pour faire de la
Chine un nouveau pays maître comme le fut et l’est encore la France. Il
y a aujourd’hui même un sommet Chine-Afrique comme le sommet
France-Afrique. Comment des pays à eux seuls puissent réunir tout un
continent ? Parce que ceux-ci se sont définis une mission en s’appuyant
sur leur culture.
Au vu et au su de ce qui précède, l’évidence à relever aisément se
trouve dans la définition, pour une nation, de sa mission, d’œuvrer à la
concrétisation que par le biais de sa culture. Nulle autre voie
possible. Toutes les grandes nations, leur rayonnement n’est d’abord que
culturel.
I – 2 – La culture et l’économie : l’économie qui est le seul domaine
sur lequel tous les politiques consacrent entièrement l’essentiel de
leurs énergies n’est en fait qu’une dimension parmi tant d’autres de la
culture. C’est une évidence à saisir l’importance, car ne point
appréhender cette réalité, la primauté de l’économie sur le social, sur
le culturel engendrerait toujours que les causes fondamentales du
sous-développement.
En effet, l’économie n’est pas spontanée, elle est la résultante de
l’état de la culture, de sa vitalité et / ou de son déclin. C’est la
culture qui est le socle de la puissance des nations considérées de
grandes. Le progrès scientifique et technique est essentiellement un
phénomène culturel. De même que tous les miracles économiques dépendent
de la relation étroite que la société entretient avec son patrimoine
culturel. C’est le non être culturel qui produit le non être économique.
Ne se penser économiquement que comme consommateur, c’est se penser
partiellement, c’est vivre amputé d’une partie précieuse de soi. C’est
la domination culturelle qui garantit la domination économique. En
agissant comme nous le faisons en Afrique où la tendance est à la
consommation effrénée de l’occident, nous empruntons le chemin par
excellence d’une disparition car un peuple sans culture est appelé à
disparaitre. Un peu partout en Centrafrique comme dans le reste de
l’Afrique, la tendance est à l’européanisation ou mieux à
l’occidentalisation dans l’habillement, dans la manière de penser, de
copier des concepts et les transposer sans égard à notre réalité. Nous
sommes devenus que des simples consommateurs schizophréniques des
produits culturels occidentaux. Et comme nous sommes que des
consommateurs culturels, toute notre attitude tend dans ce sens :
consommer et non produire, ce qui économiquement n’est rentable.
I – 3 – La culture et la jeunesse : Frantz Fanon déclarait :
“Chaque
génération découvre sa mission, elle la trahit ou l’assume“. A la
jeunesse centrafricaine, une question se pose : la jeunesse
centrafricaine a-t-elle déjà découvert sa mission ? A-t-elle pris
conscience que cette mission est d’abord culturelle ?
Autant de questions dont des réponses ne peuvent être données ici car
c’est la manière d’appréhender cette réalité que dépendront les
réponses. Toutefois par les différentes aspirations (politique, sociale,
économique) de la jeunesse centrafricaine, l’on est en droit de se
demander si celle-ci a un aperçu juste de son héritage culture. Par
exemple : Où en est la chanson centrafricaine ? Relève-t-elle et
révèle-t-elle l’identité de ce peuple ? Et les activités artistiques
(peinture, danse, sculpture, etc.) sont-elles l’expression de l’unicité
et du caractère distinctif d’un groupe social ? Quelle importance la
langue nationale Sango a-t-elle pour la jeunesse centrafricaine ?
Est-elle valorisée suffisamment partout où se trouve ce peuple ?
Et légitimement une autre question s’impose, quel héritage culturel
dispose la jeunesse centrafricaine ? Les générations précédentes
ont-elles laissé ou transmis un héritage suffisamment solide capable de
transcender la consommation schizophrénique des produits culturels
occidentaux ? La réponse ne peut être que mitigée voire timorée. Le
parlé d’une ethnie, les valeurs humaines à respecter, le respect de la
nature et de l’Homme, l’expression artistique d’un groupe ethnique
(danse, chants, etc.). Tout cela constitue un héritage. Mais qu’en
est-il du patrimoine culturel ? Trop de questions dont la plus
importante reste la mission de la jeunesse centrafricaine et son
acceptation et sa matérialisation par des actes valeureux. Le Congolais
Mawete Makisosila a affirmé : “la culture est l’ensemble des valeurs
transmises des ascendants aux descendants sans le consentement des
descendants“. La jeunesse centrafricaine a-t-elle pris conscience de sa
culture seule valeur capable de l’amener au mieux-être comme l’a fait
les Français ou les Chinois pour ne citer que ceux là ?
II – LA CULTURE CENTRAFRICAINE ET SON EXPRESSION
Avant d’aborder la culture centrafricaine, il y a une idée vile ambiante
contemporaine selon laquelle la culture africaine est surannée,
archaïque, qu’elle constitue un frein au développement. Cette idée
véhiculée à dessein est fausse car c’est une manière toute simple
amenant les Africains en général à se rejeter. Certes, il y a des choses
à délaisser ou à recadrer grâce à une prospection du monde actuel. Cette
attitude sera bénéfique à plus d’un titre. A partir des grandes
tendances culturelles, analysons l’expression de la culture nationale.
Art : L’expression artistique en Centrafrique a accusé un retard énorme.
Les tableaux peints par les nationaux sont pratiquement introuvables. La
peinture centrafricaine n’est point connue. Et s’il faut qu’il ait
existence de ces œuvres d’art, il est difficile de l’attribuer à un
natif de ce pays du centre de l’Afrique.
Outre les tableaux, les masques traditionnels retrouvés souvent et
pratiquement au niveau du seul centre artisanal ne racontent pas
toujours l’histoire d’un peuple, d’une ethnie. Pourtant il est important
de savoir que les différents masques font partie de l’historicité d’une
région, d’une contrée donnée. Et pour que cette logique soit maintenue,
une entente et surtout une transmission intergénérationnelle est
importante permettant aux “anciens“ de passer le témoin à la génération
future. Y remédier est essentiel si l’on veut perpétuer la transmission
les différentes expressions culturelles. Dans le même registre, les
sculptures sont quasiment abandonnées. Pourquoi ? Pourquoi ce
désintéressement sur les objets et créations qui relatent mieux notre
façon de penser, de se penser et d’appréhender la vie ? Car chaque
masque, chaque sculpture raconte une histoire, personnifie un événement,
véhicule une pensée. Ils ne sont point une œuvre anodine relevant
seulement du génie des créateurs. Il y a des masques ou sculptures
funéraires, festifs, totémiques, protecteurs, etc. Ce sont ces œuvres
qui doivent être connues et perpétuées.
Pis, le commun de chaque centrafricain ne connait l’importance d’un
musée. Et pour toute la République, il n’y a qu’un seul musée : Musée
Barthelemy Boganda. Et son importance et encore celle de sa
fréquentation n’est saisie par la majorité de la population. Pourtant,
chaque région et voire chaque préfecture doit avoir un musée. Et penser
au meilleur moyen d’inciter les jeunes à les fréquenter serait une voie
excellente de conscientisation d’une partie de la jeunesse. En France,
l’un des objectifs assignés au ministère de la culture est la
fréquentation des musées par la population et plus par les jeunes.
Comment comprendre que ce pays qualifié de développé accorde-t-elle une
place importante à ce que nous, en Centrafrique, considérons de dépasser
? Comment comprendre que les vieilles cathédrales et églises datées du
14 et 15ème siècle sont préservées alors que c’est plus simple de les
détruire et de construire des logements sociaux ou des lignes de chemin
de fer ? Ces différents exemples non exhaustifs peuvent nous aider à
reconsidérer l’importance de la culture dans le processus d’évolution
d’un pays même développé fusse-t-il.
Musique : où en est l’expression de la musique centrafricaine ? Elle est
déracinée. Inexistence d’un rythme à la centrafricaine relayée au niveau
sous-régional, continental voire international. Le Motenguene qui a
essayé de percer n’a pas bénéficié du patriotisme des musiciens encore
moins du soutien des politiciens. Aujourd’hui la musique centrafricaine
est emplie des rythmes étrangers tels que la Rumba, le Soukous, le Coupé
Décalé, etc. L’identité centrafricaine ne transparait nullement, or
celle-ci ne peut être véhiculée et valorisée via la musique. Et aussi la
musique moderne centrafricaine est par excellence l’outil de la
valorisation de la langue nationale le SANGO qui l’une des expressions
par excellence de la culture centrafricaine.
Outre la musique moderne, il y a d’excellents répertoires de musique
traditionnelle. Pratiquement chaque ethnie possède un rythme musical
digne d’être perpétué, non qu’en son sein mais aussi au niveau national.
Que sont devenus les groupes tels que KPNINGBO des Zandé, les BROTOS des
Banda, ou encore le groupe de MOKAO SATANIC pour ne citer que ceux là ?
Théâtre, Cinéma : l’expression scénique tel que le théâtre ou le cinéma
– pour ne citer que ces deux – nous en gardons que des bons vieux
souvenirs à travers les troupes théâtrales dont les précurseurs sont
Etienne GOYEMIDE, Faustin NYAMOLO, Benoit Basile SIANGO sans oublier
Goneyo REPAGO. Ces nationaux ont initié un début de mouvements à la fin
des années 70 et début 80. Des troupes théâtrales professionnelles avec
des pièces écrites, montées et présentées au public. Une émulation saine
qui a eu des répercussions heureuses sur la jeunesse centrafricaine. Qui
ne se rappelle pas les pièces telles que “Les mangeurs de poulets
crevés“, “Aux pieds du Kapokier“ ou encore “Monsieur de Paris“? Après
eux il y a eu les TONGBONDA pièce satirique où les vécus maladroits du
commun des centrafricains étaient dénoncés. Aujourd’hui, il est
difficile de situer la marche de cette expression culturelle. Pourtant
cela constitue également un moyen de véhiculer le génie de l’Homme
Centrafricain et aussi de tirer ce pays de son éternel anonymat, comme
les Ivoiriens ont fait avec les fameux “Guignols d’Abidjan et Ma
Famille“.
Ecriture : Il y a des écrits littéraires tels que les œuvres de
Pierre
SAMMY MACKFOY, Etienne GOYEMIDE, Cyriaque YAVOUKO qui remontent le vécu
du peuple Centrafricain à travers des péripéties différentes. Pour les
Bandes Dessinées, il y a les fameux épisodes de Monsieur TEKOUE avec ses
compères MAMBISSI, MAWA, etc. dans TATARA, sans oublier les productions
de l’ENS avec les enquêtes de l’Inspecteur MANDELO dans BALAO.
Aujourd’hui la culture centrafricaine ne s’exprime nulle part ou tout au
plus d’une manière timorée par la persistance de Vincent MAMBACHAKA, ou
encore de MALEPOPO. Pour y remédier, celle-ci doit être appropriée ou
mieux réappropriée par la classe politique et au-delà de cette sphère,
par chaque centrafricain. Toutefois, il est fort utile de faire remonter
à chaque centrafricain l’état réel de sa culture, son expression quasi
inexistante. Ce choix gageur peut faire prendre conscience à tout un
chacun afin qu’il se recadre au niveau personnel pour créer un mouvement
au niveau national.
CONCLUSION : Tourner le dos définitivement à la société postcoloniale ne
peut se faire que par le biais d’un regard non de délectation mais de
prospection afin de dénicher des pistes pour retrouver le chemin de la
revalorisation de l’Homme Africain à travers sa culture. Nous avons la
responsabilité de cette mission. Prospecter, trouver et initier des
mouvements culturels capables de nous faire prendre conscience que notre
épanouissement est d’abord culturel. La place incontournable de la
culture est difficile à reconnaître car le retour en soi est ce qui est
pénible à l’Homme Africain. Pourquoi ce retour salutaire est-il si
difficile ? Et pourquoi surtout ce sont les élites en grande partie qui
s’y oppose ? Pourquoi tant de fascination sur les valeurs des autres
sans éprouver réellement les nôtres ? Pourtant ce qui fait la force et
l’admiration d’un peuple, c’est son attachement dans ses valeurs
ancestrales, donc culturelles, son amour envers son environnement quelle
que soit sa nature.
SINGUILA MINGUI
Réactions à cette tribune
Jean
Mbalanga (01/11/2009)
: J'ai lu ce texte avec intérêt. J'ai noté deux propositions. D'un côté
que les Africains ont allègrement renforcé les mauvais côté du système,
et qu'en plus par malheur, ils aiment pas se regarder (notion de
irresponsabilité culturelle).
En psychanalyse on parlerait de comportement anormale, schizophrénique.
Quelqu'un qui se "nie" (la perception de l'autre se fait à travers la
culture), qui se complait dans une attitude ambiguë (FRANC FANON " Peau
noire masque blanc") s'inscrit dans une logique sociale plein d'embûche.
Dès lors revenons sur les perspectives d'analyses plus éclairantes.
1) Ma Critique
la pensée repose sur une sociologie figée. Ici chaque notion requière
une prospective improbable afin d'être dans la dynamique événementielle.
La posture de recherche, quand on fait le constat d'une réalité sociale
non assumée n'est pas aisée.
Les Africains n'aiment pas la culture que les intellectuels leur dit
d'ingurgité. Les gens sont dans un rapport coût/bénéfice.
2: Nos arguments
Pour la méthodes, un grand sociologue français ALAIN TOURAINE initiateur
du courant "actionaliste", mis en œuvre dans la compréhension du
mouvement Solidarnosc en Pologne, disait qu'il y a deux types personnes
:
Ceux qui réfléchissent à la tombée de la nuit, c'est à dire quand les
événements sont terminés (les historiens par exemples), et ceux
s'impliquent chemin faisant dès l'aube, quand les événements se
déploient. Il est plus intéressant de construire avec les "acteurs" eux
même, les contours de leurs utopies. C'est une démarche intellectuelle
fragile parce qu'on est partie prenante de l'action, mais combien
prometteur en terme de résultat directement utilisable.
2) Que sont les classes sociales en Afrique?
Une recherche sur les classes moyennes en Afrique est entrain de se
faire. En 2020 la majorité de la population qui consomme se trouvera
dans les pays en développement. Ces gens prendrons des décisions
individuelles qui auront des conséquences sociales remarquables sur le
plan politique.
Nous recherchons des structures qui auront des conséquences internes
vérifiable. Il s'agit pas de rentrer dans des considérations souvent
loin du chômeur africain.
Les leaders doivent prendre leur responsabilité et admettre que le
citoyen est insatisfait depuis 50 ans.
Mes salutations amicales à tous
Hurel Régis
Béninga (14/01/2010)
: Bonjour,
J'ai lu avec intérêt cet article combien bien structuré.
Seulement en ce qui concerne la partie artistique et littéraire
(théâtre, cinéma, poésie, roman, nouvelle...), il me semble que
l'article souffre d'un manque crucial d'informations. Il serait bien
d'actualiser cette partie qui à mon avis n'est pas le reflet actuel du
paysage artistique et culturel centrafricain.
Je suis bien disposé à vous apporter ma contribution si cela est
nécessaire.
Bien cordialement,
Réagir à
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