L'arbre à palabre
Tribune de réflexion

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LA JEUNESSE CENTRAFRICAINE EN DANGER
Par
Bertrand Samba

 

Chers amis, Chers compatriotes,

Je suis très heureux et content vous avoir, dans ma famille, dans mon cercle d'amis ou dans mes connaissances de la diaspora centrafricaine.
Le fait de correspondre avec vous, peu importe les différents moyens de communication que nous offre, les nouvelles technologies, contribuent à nous rassembler, de nouer de liens nouveaux ; mais aussi, de tisser un meilleur maillage d'échange et d'information.

L'Internet est une chance pour notre génération, car il nous offre la possibilité de nous parler, de nous rapprocher, de discuter, d'échanger, et de partager d'innombrables choses. Cependant, en générale nous ne profitons pas bien assez de tous les atouts qu'il nous offre.

En revanche, il doit être un élément central, voir indispensable pour notre communauté. En effet, nous devons, nous organiser en réseau, afin de trouver des vraies solutions pour aider la République Centrafricaine et tous les centrafricains qui n'ont pas accès à cette technologie.

La RCA est en mouvement, je profite de cette occasion pour remercier tous les acteurs économiques (les entrepreneurs, les chefs d'entreprises, les partenaires sociaux, les investisseurs, les établissements bancaires et les pouvoirs publics) qui fournissent des efforts colossaux pour l'essor de notre jeune économie.

Le Conseil Economique joue aussi un rôle primordial, dans la stratégie et le dynamisme de ce développement. La route est longue certes, mais nous devons l'encourager, et aussi participer en nous mobilisons sur des projets concrets et novateurs. Enfin, il faut que nous arrêtions de regarder le développement économique d'une façon instante, si j'ose dire ; mais consacrons plutôt d'attention à la tendance mondiale.

Mes chers amis, chers compatriotes, le sujet dont je souhaite m'entretenir avec vous, n'est guère nouvel, ni inconnu, mais nous concernent tous.
Lors d'un séjour à Bangui, suite à un décès dans ma famille au mois de janvier dernier, j'ai pu constater combien la misère gagne du terrain.

Cette misère est frappante. Nous avons d'une part, une économie qui cherche à s'élancer ; et d'autre part une population qui a du mal à survivre. Face à cette désolante situation, une autre pandémie aussi s'affirme.
Cela m'amène de parler de nos jeunes compatriotes qui vivent au pays, de porter la lumière, plus particulièrement sur nos jeunes sœurs de 13 à 20 ans qui ont un, deux, voir trois enfants ou qui vont enfanter. Cette situation est très préoccupante, car les organes sociaux de l'Etat sont totalement inexistants. Même les ONG sont dépassées compte tenu de moyens insuffisants ou inefficaces.

En touchant à la natalité de cette catégorie d'âge, nous ne pouvons que constater avec amertume tout ce qui gravite autour, à savoir le manque d'infrastructure sanitaire pour accueillir et accompagner ces femmes pendant leurs grossesses.
Dans l'état actuel, je pense que cette natalité accentue notre appauvrissement. En plus de manques de moyens, nos jeunes sœurs mettent aussi leurs vies en danger. En effet, faute de structure fiable en cas de rupture volontaire de grossesse, c'est la mort assurée qui les attendent.

Nos jeunes mamans sont devenues des proies faciles pour la mort, car pendant les rapports sexuels (Sida, MST), elle est là ; durant la grossesse (problèmes d'hygiène, de nutritions, avortements), elle est toujours présente ; à l'accouchement (complications, manque de moyens médicaux), c'est le coût de grâce et après (manque de suivis), c'est l'apothéose.

De retour en France, j'ai essayé d'en parler à des compatriotes centrafricains et des amis africains, pour connaître leur point de vue sur la situation. Je me suis rendu compte que d'autres personnes connaissent aussi ce problème.
J'estime que si nos sœurs se trouvent dans cette situation, c'est avant tout à cause de trois facteurs majeurs :
     - l'irrégularité de la scolarité de cette catégorie d'âge joue un rôle prépondérant et accentue ce phénomène.
      - la disparition total des structures qui planifient et organisent des compagnes d'informations auprès de la population, laisse un vide profond.
      - l'absence totale des organes de l'état en ce qui concerne les moyens contraceptifs.

Il est souhaitable que chacun puisse avoir sa propre réflexion et qu'ensemble nous puissions faire une synthèse, afin de trouver de vraies solutions pour y remédier.
J'exhorte tous mes frères et compatriotes centrafricains de cesser d'alimenter ce fléau et d'arrêter de profiter honteusement de la misère de ces jeunes demoiselles désorientées. Que tous ceux qui vivent à l'étranger, adoptent une attitude respectable, soignent leurs images et langages pendant leurs séjours à Bangui ou dans l'arrière pays.

Il faut que nous cessions de faire à l'idée que seul des milliers de dollars peuvent résoudre tous nos soucis par magie. Ce qu'il nous faut bien au contraire, c'est de structurer nos idées, planifier nos démarches et harmoniser notre façon de communiquer.

Chers amis, chers compatriotes, j'essaie par cette démarche attirer votre attention sur ce sujet, que je trouve très sensible. Je suis très persuadé que nous aimions tous notre pays. Si nous ne réagissons pas ou si nous ne mettons pas très vite en action, l'avenir de la RCA sera compromise et sa jeunesse sera fragile et s'émiettera de jour en jour.

Enfin, il s'agit là d'un combat que je souhaite mener contre ce fléau. Tout seul, je n'y arriverai pas. C'est pourquoi je souhaite créer un véritable engouement autour de ce problème, pour qu'enfin nous puissions trouver ensemble une bonne symbiose, afin d'aider nos concitoyens.

Le fait d'en parler, de discuter, de partager ou d'envoyer ce message à d'autres personnes, montre d'avance toute votre détermination.

Je vous remercie.

Que le bon Dieu vous bénisse et vive la République Centrafricaine.

 

Réactions à cette tribune

André Driel (15/07/2008) : Mon cher Bertrand, toute mes condoléances pour un parent disparu, je suis très touché de tes propos mais je constate que tu n'as pas mis les pieds depuis quelques temps à Bangui, moi je passe 2ou 3 mois chaque année et le constat est toujours amer, même dans ma propre famille. Nous tous qui vivons en Europe aimerions aider nos frères et sœurs, alors que les ONG avec de gros moyens sont dépassés! Que pouvons nous faire concrètement et que proposes-tu? Le problème c'est qu'on n'est pas sur place et nos petits moyens ou nos idées ne sont pas utilisées directement à ceux qui sont dans le besoin. Rassemblons nous comme tu le dit et créons une association d'aide directe sans intermédiaire tel que ce je fait en amenant dans mes bagages et je donne en main propre, c'est très peu mais je suis sûr de l'utilisation. Je vais vous relater une anecdote : je revenais du pk 35, un jeune couple me supplie de prendre à bord de mon véhicule un nouveau né, dès que j'ai constaté son état sans hésitation je fonce; à la pédiatrie cette jeune maman qui a 14 ans ne disposait pas de francs cfa, j'ai payé la consultation-sérum-tout quoi! et je laisse le n° de mon portable. C'était un après midi, heureux de penser laisser ce bébé en bonne main il était trop tard, sa maman m'appelle pour m'annoncer la mauvaise nouvelle, me voilà reparti pour les ramener au pk 35. J'ai été très traumatisé et bouleversé car c'était son premier bébé elle ne savait pas quoi faire. Unissons nous et peut être avec le petit moyen on peut aider. Merci à ceux qui pensent que la réussite est au bout du chemin, bien sûr en laissant parler votre cœur pour notre pays et surtout nos frères et sœurs qui souffrent. NGUIA A DOUTI NA ALLA KOUE

Bertrand Samba (16/07/2008) : Cher compatriote, je te remercie d'une part d'avoir participé à cette réflexion et d'autre part pour tes remarques.
Ta réaction m'a touché, car ta petite anecdote démontre toute la réalité de la vie quotidienne de nos familles. Je te recontacterai outre la tribune de réaction pour avoir plus d'échanges possibles avec toi.
Pleins de bonnes choses à toute ta famille. A très bientôt.

Olivier Constantin Bassanganam (24/07/2008) : Bonjour Bertrand et André; je vous remercie pour votre sensibilité aux problèmes cruciaux qui rythment le quotidien de nos frères et sœurs au bled.
Loin de vouloir accuser nos dirigeants, je dirais que cette situation est la résultante d'une dégradation généralisée de la qualité de vie en RCA. On pourrait dire sans peur de se tromper qu'à 90%, les Centrafricains "travaillent" pour assurer leur survie.
Ainsi, un parent qui n'a pas assez de moyens financiers pour assurer la survie de sa famille, perd du coup le contrôle des ses enfants ou d'une partie. De ce fait, les filles deviennent des proies faciles pour les amateurs de chair fraiche qui, généralement, ont un peu de moyens. Ces derniers profitent honteusement de la misère de ces familles démunies, pour reprendre les termes de Bertrand; avec les conséquences allant des grossesses non désirées pouvant déboucher des avortement, complications à la naissance, aux MST/SIDA...
Rester insensible face à cette situation, c'est avoir une conscience inhumaine. c'est pourquoi cher Bertrand, je te félicite pour ton cri d'alarme et l'initiative consistant à développer des réflexions autour de ce sujet. Je suis partant pour d'éventuelles propositions et suggestions. DIEU soit avec vous et qu'il bénisse la RCA!

Vianey Koyabe (28/07/2008) : Bonjour cher compatriote,
Je voudrais me permettre de participer à votre tribune, car elle traite d'un sujet qui me tiens à cœur; en l'occurrence la situation sociale de nos compatriotes.
Votre développement est très éloquent et véridique, car tout le monde vit les situations décrites. Nous sommes tous affectés et concernés par les points développés.
Seulement, passé la phase des émotions, l'entrée en action reste un problème pour notre diaspora. Quand bien même nombre de compatriotes ont conçu et proposé des organisations ou encore des mécanismes fiables pour s'attaquer à ce problème, la volonté d'action n'y est pas !
On veut bien s'engager, mais on n'a pas confiance en « l'autre » !
En fait, l'objet de mon intervention est de préciser le fait que, une fois passé la phase émotive, l'action fait fuir nos compatriotes. L'action c'est-à-dire la mobilisation des ressources nécessaires au déploiement du concept retenu. Quand arrive ce moment là, il n'ya plus personne. Même si c'est 30 € par an, il n'y a personne pour contribuer.
Il est vrai qu'il existe une « foultitude » de possibilités de mutualisation, exposées, discutées et ré discutées au niveau de la diaspora. Certains compatriotes très motivés se sont même déplacés de province pour la région Parisienne à cet effet. Mais encore une fois, l'attentisme et la position de spectateur ou de « attendons de voir ! » prend toujours le dessus.
Beaucoup d'organisations internationales sont prêts à nous soutenir, mais elles attendent de notre part un minimum d'engagement. Au niveau de Bangui, il est très difficile de trouver des gens sérieux pour ne fusse que la reconnaissance légale des organisations. Il faut vraiment être patient ; au risque de décourager ceux qui s'engagent avec vous !
Nous avons vraiment encore besoin de nous faire confiance les uns les autres. Et c'est ce qui paralyse nos rapports.
C'est le point que je voulais soulever, et apporter dans votre sujet.
Merci pour votre sensibilité patriotique !

 

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