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Le temps des drapeaux blancs !
par
Vianey
Koyabe
A
mon pays:
Sur le papier, ils ont enfin sifflé la fin de la partie et ont «
levé théoriquement le drapeau blanc », après s’être partagé ton
destin. Ils ont chacun leurs drapeaux blancs : Blanc cassé, blanc
pâle, candide, opalin, ivoirin, blême, etc. Que le sort te préserve
de leurs humeurs si versatiles.
Ils vont certainement te dicter des dates de commémorations, et t’exiger
des monuments aux morts !
Qu’ils t’accordent aussi le droit de leur dire « gentiment » : Sacrés
coquins!
Qu’avec chacune des teintes de leurs drapeaux blancs, plus jamais, plus
personne d’entre eux, ne te dise du mal les uns des autres car cela te
porte malheur. Mais exige plutôt qu’ils t’expliquent tout ce dont tu as
réellement besoin de comprendre :
Qu’ils t’expliquent par exemple que, si aujourd’hui tu passes quatre
journées sans électricité, c’est par ce que beaucoup d’ente eux n’ont
jamais prévu renouveler les groupes.
Qu’ils t’expliquent entre autres, aussi courageusement que possible que,
lorsqu’ils baissent le taux de la TVA de moins de 14% pour rendre les
produits de première nécessité à ta portée, c’est aussi 14% de
ressources fiscales en moins pour le Trésor public. 14% qu’il faudra
récupérer quelque part, de toutes les façons. Et toi tu seras comme
d’habitude intelligent pour comprendre le sens de ton sacrifice social,
sans le porter comme une brimade.
Certes, il t’arrive souvent de ne pas comprendre pourquoi l’Etat manque
t-il de moyens pour payer régulièrement les salaires des tes
fonctionnaires. Et si on t’expliquait simplement l’état de ta pauvreté,
le mécanisme de mobilisation des ressources par le trésor public. Peut
être que dorénavant tes enfants iront à reculant casser les entreprises
qui paient les impôts, lorsque ces Sacrés coquins les pousseront
à le faire!
Qu’on t’explique ton enclavement, son impact sur ton économie ; le tort
que leurs mouvements armés, et leurs « coupeurs de routes » ont
porté à l’éclosion de ton économie.
Qu’ils te parlent du mécanisme budgétaire et de la mobilisation des
ressources, du financement des retraites, des bourses des étudiants, et
tu comprendras sans aucun doute. Et certainement tu apprendras à ne plus
prêter l’oreille aux « chants des sirènes ». Et cela, de
grâce, qu’ils apprennent à le faire!
Que ceux de tes enfants qui manquent d’éducation, et qui n’ont jamais su
que «l’argent n’aime pas le bruit»; ou qui ont « été à la
soupe », qu’ils paient leurs additions. Et le petit peuple cessera
de confondre l’affichage ostensible du luxe dont certains notables
indélicats font preuve, avec les causes de tes difficultés économiques.
Et ton peuple comprendra aussi que ceux qui abandonnent des postes de
responsabilités ailleurs pour servir le pays, n’ont pas forcement besoin
de te piller pour s’acheter des voitures et acquérir des villas. Et
l’inférence n’aura plus la maîtrise de ton opinion publique. Et cela,
de grâce, qu’ils apprennent à le faire!
Qu’ils cessent de souffler le chaud et le froid, faignant dénoncer
publiquement des systèmes qu’ils ont eux même mis en place, pour
aujourd’hui rendre les autres responsables ; feignant ignorer que le
« sentiment d’insécurité » et le « sentiment de sécurité »
sont des notions subjectives, maîtrisables par le concept de la
propagande.
Qu’ils fassent réellement la paix des braves !
Qu’ils cherchent la paix dans les regards de tes enfants. Qu’ils leur
demandent pardon.
Par la soif et la faim, qu’ils leur demandent pardon.
Par l’humiliation des innocents châtiés et tués, qu’ils leur demandent
pardon.
Par les horizons obstrués des plus faibles, qu’ils demandent pardon.
Par les parents qui n’arrivent plus à soigner leurs enfants, qu’ils
demandent pardon.
Par ceux de tes enfants qui ont vécus au jour le jour des angoisses, des
dislocations de familles, des pertes des amitiés et des alliances. Cela
aussi c’est la réconciliation.
Nous avons subis leurs idées qui nous dépassent et qui nous tuent ; que
nous soyons du nord ou du Sud. Que nous soyons faibles ou forts, qu’ils
recherchent la paix dans nos regards. Ce n’est pas grand-chose, mais ils
nous le doivent tout de même.
Que nous autres intégrons le fait que l’expérience nous confirme
«qu’aucune idée sur terre n’est digne de trépas»!
Fût-il un temps ; le temps des cousins « baniamoulengués », le
temps des neveux « Kodos » ; chacun ses « alliés ». Ceux qui
n’aimaient aucun d’entre eux sont encore vivants, bien que meurtris dans
leurs chaires ou leurs âmes, mais bien vivants. Et beaucoup de ceux qui
se sont reconnus dans ces alliances sont soit morts, ou ont tout perdu.
Que nous autres, apprenons à dépassionner les luttes claniques, à éviter
de faire nôtre les vérités et les contre vérités des « sacrés coquins
», car aujourd’hui « ils lèvent le drapeau blanc ». Et ceux
qui sont morts à cause de leurs idées, tout le monde en réalité s’en
fichera bientôt, et à l’unanimité. Tout le monde cherchera à faire le
Centrafrique de demain, et c’est légitime.
Prend garde à toi, Centrafrique !
Dorénavant, lorsqu’on te présentera un ennemi, attend un peu qu’on te le
change en ami. Simplement par ce que la vie reprend toujours ses droits,
et toi tu ne récupéreras jamais tous ceux que tu as perdu.
Vianey
Koyabe
Réactions à cette tribune
Nalé
Toua
(05/07/2008) : Ô Centrafrique, veuve malheureuse,
Depuis que tu es plongée dans le noir,
Depuis que l'ennemi a élu domicile chez toi,
Tes braves enfants se sont éparpillés aux quatre coins de la terre.
Ils t'ont abandonné et ont préféré la servitude au combat d'honneur.
Tu es désormais seule et désarmée,
N'importe quel quidam pourra profiter de toi.
Ta douleur est immense quand tu penses à tout le mal que tu t'es donné
pour donner la vie à ces enfants qui aujourd'hui t'ont livré à l'ennemi
et vendu leur honneur.
Ta douleur est immense quand tu vois ailleurs les braves enfants d'un
pays s'opposer, même à mains nues, à l'envahisseur pour garder ou
récupérer leur terre, la terre de leurs ancêtres.
Ta douleur est immense quand tu vois tes enfants devenus des hères
parcourant le monde à la recherche de ce qui est pourtant en abondance
chez eux, dans leur pays. Alors tu te poses des questions...
Ô Centrafrique, mère seule,
Mais plongée dans cette solitude, tu as pourtant fait un rêve: tes
arrières petits-enfants se sont levés comme un seul homme, ils ont
combattu l'ennemi les mains nues et l'ont mis hors d'état de nuire.
L'ennemi est tombé sans qu'un seul coup de fusil ne soit tiré. Ils se
sont mis aussitôt au travail pour construire la nouvelle Centrafrique
dont a toujours rêvé l'un de tes braves enfants, Barthélémy Boganda.
Et voilà ta fierté d'alors retrouvée.
Ta seule question pour l'heure est: A quand cette renaissance?
Appolinaire Wilfried
Zewe Gondia
(19/07/2008) : Bonjour Vianey,
J'éprouve un sentiment de tristesse, doublé d'un scepticisme en lisant
cet article. Comme tu as titre ton article "Le temps des drapeaux
blancs", je me suis interrogé: jusqu'où iront ils?
Jusqu'où iront nos hommes politiques?
A mon humble avis, nos éternels princes gouvernants considèrent le
peuple comme le dindon de la farce ou mieux un jeu de damiers qu'on peut
déplacer les pions à tout moment. Ceux qui se disent aujourd'hui de
l'opposition armée (rebelles) ou de l'opposition tout court ne sont ils
pas les mêmes qui, hier aux commandes de l'Etat restaient insensibles
aux problèmes du peuple centrafricain? Je me pose alors la question de
savoir si, après avoir signe ces accords ne vont ils pas recommencer une
autre fois? et pourtant la Centrafrique est riche, mais l'égoïsme de nos
dirigeants ne permet pas a notre Pays de se développer comme il se doit.
Que l'histoire ne se répète pas.....
Et que ce soit réellement la fin de la recréation, au Pays de Barthelemy
BOGANDA.
Longue vie à sozowala.com
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