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Tribune de
réflexion
REACTIONS A CETTE TRIBUNE
ENVOYER UNE REACTION
La responsabilité de l'élite face à la réalité socio-politique Centrafricaine
Par
Thierry
Naka
«Les esprits d'élites discutent des idées, les
moyens discutent des évènements et les médiocres discutent des
personnes.» Jules Romain
La conduite d'une communauté qui se veut digne, la
sauvegarde de son indépendance, la conservation de son patrimoine
matériel et culturel, la protection de son territoire, de ses libertés
sous une forme quelconque appartiennent, selon la nature des choses, à
l'élite qui, pour réussir sa mission, doit privilégier l'intérêt général
et le bien commun en toute intégrité. Cette élite doit servir d'exemple
aux plus humbles des membres de la communauté; elle doit être capable de
comprendre les problèmes qui se posent à la communauté et de proposer
les solutions adéquates.
Tous les membres de la communauté, dans la juste mesure de leurs
aptitudes, participent à la vivacité du corps social et au maintien de
sa force. Au plus, c'est la qualité de l'élite qui attire les talents
par l'espoir qu'elle suscite à son émulation de tirer vers le haut la
société; c'est cette élite qui stimule le développement parce qu'elle
couronne la maturité et l'excellence. C'est dans ces conditions seules
que la communauté peut assurer sa survie et son progrès. Or l'élite
centrafricaine se comporte en corps étranger vis à vis de la communauté
; ses intérêts s'identifient non à ceux des populations, mais plutôt à
ceux de l'étranger si n'est personnels. Elle est incapable de donner à
la communauté les moyens nécessaires pour se prendre en charge et de
développer ses potentialités dans la ligne de ses besoins et de ses
aspirations.
Dans le pays, les priorités de la communauté sont déterminées par les
puissances étrangères en accord avec les intérêts de l'élite nationale
plutôt qu'en fonction du bien-être de la population; on assiste ainsi à
un état de dépendance et de servitude de la population qui travaille
moins pour son bien-être, dans un statut croissant de spoliation des
richesses. Cet état de fait galvanise la paupérisation nationale à
travers les errements d'une classe politique sur fond de corruption
active, d'incompétence notoire et d'inintelligence collective,
interpellent les esprits lucides sur la nécessité d'une grande réflexion
sur l'action politique dans notre pays.
Face aux angoisses et au désespoir des populations causés par les
tracasseries d'une société insolitement miséreuse, effrayante et
martyrisée, nous devons susciter l'espérance en donnant au pays le
meilleur de nous-mêmes, dans un esprit de justice et de liberté. Nous
devons nous aider nous même et le ciel fera le reste! Au lieu d'attendre
la main tendu en regardant au ciel.
Notre peuple, manipulé, terrorisé, traumatisé par des problèmes de
survie entraînant le manque de tonicité morale, a du mal à se ressaisir
et à réagir sainement pour remettre son sort entre les mains de citoyens
lucides, dignes, responsables qui ne s'égarent pas dans le tribalisme,
l'ostracisme, la corruption, les détournements, le mensonge. Les
politiciens actuels n'arrivent pas à réunir en un seul faisceau les
forces et les aspirations éparses du peuple ; il leur manque la force
d'initiative et une certaine fraîcheur de point de vue pour résoudre nos
problèmes ; or pour chaque nation, la politique est la plus délicate et
la plus importante des fonctions sociales, car tout tient à elle : le
progrès économique, social, culturel, ou le dépérissement.
Nous devons nous distinguer de cette élite indigne et ankylosée en
éveillant des idées nouvelles pour rompre avec l'incompétence notoire,
l'absence de vision, le manque d'intégrité morale qui caractérise la
plupart des politiciens centrafricains. La crise actuelle ne peut être
résolue que si elle est perçue comme un état temporaire qu'il faut
surmonter par des actions concrètes et dynamiques de l'homme. Nous
devons provoquer un sursaut d'énergie réactive, permettant l'accès à de
nouvelles formes de rapports humains et à de nouveaux modes
d'organisation. Le blocage actuel vient de l'absence apparente
d'ambitions de nos élites par des propositions, des orientations dans
tous les secteurs d'activité, de mettre des moyens propres afin de
diagnostiquer nos problèmes de société pour sortir le pays du fond des
abîmes.
Cette carence marque l'appendice de réflexion sur la liaison entre le
centre et la périphérie. La refondation : coller à la réalité
socio-politique, sans se renier pour autant. Le divorce entre l'élite
dirigeante, qui, enfermée dans une bulle et les masses populaires
demeure le talon d'Achille du pays avec son corollaire à savoir le repli
identitaire qui est en fait le fils aîné du tribalisme. Le novice
politique, naguère observateur de la vie sociale, perçoit désormais le
système politique comme un appareil d'enrichissement accéléré, s'élance
alors corps et âme dans cette course effrénée.
« Le constat n'est pas celui d'un conflit générationnel ni ethnique mais
celui d'une élite politique incapable de se régénérer, c\'est-à-dire qui
ne s'adapte pas à l'évolution sociale, économique, politique,
scientifique, culturelle tout en tenant compte de spécificités locales
et des nouvelles technologies de la communication en dotant le pays d'un
appareil d'état moderne par un modèle pacifique de passation de pouvoir
administratif et politique qui dissiperaient les subjectivités tant
sociales qu'ethniques. »
La fuite en avant ou la politique de l'autruche ne fond plus recette,
bien au contraire c'est un véritable défi à l'intelligence dans sa
globalité. Reformer n'est pas une fin en soi dirons certains mais quel
type de société voulons nous bâtir en Centrafrique ?
La jeunesse centrafricaine doit saisir l'opportunité d'une refondation
profonde du système politico-social dans son ensemble afin de fortifier,
consolider une paix durable, renforcer l'unité nationale par un sursaut
massif. A travers elle, la participation citoyenne sera le rempart
contre le tribalisme, la démagogie, la corruption, les guerres et la
paupérisation massive. Cette jeunesse se doit d'exiger le meilleurs car
c'est elle qui payera les pots cassés (dettes et autres.).
Les besoins du pays dans le secteur social, économique, industriel,
culturel et des services sont aussi nombreux que le potentiel important
de jeunes à former. Le manque d'ambition réel de la classe politique à
entreprendre de profonds changements dans la société Centrafricaine est
avéré. Il s'agit en réalité d'une attitude liée plus à la dialectique
sociale ambiante de maintenir les couches populaires dans
l'obscurantisme ethnique de manière à conserver des postes de préfet, de
ministre, de député, de conseillés. C'est une imposture !
Ce qu'il faut remettre en cause, ce n'est pas la survie même de la
nation, ni la légitimité des institutions présentes, des dirigeants
actuels mais repenser l'intégration des citoyens au cour même de la vie
politique, sociale, économique et culturelle.
Le défi se pose au niveau des valeurs morales. La régénération des
mentalités, du savoir, des acquis, la formation dans ce contexte de
reproduction du modèle des anciens, nécessitent l'émergence d'une élite
dont la cohésion des méthodes de réflexion et de travail arrimées à la
force de conviction soient capables de résister au modèle dont nous ne
voulons plus.
Réactions à cette tribune
Jean-Bruno
Madiabola
(11/03/2008) : Mon cher Thierry,
C'est avec délectation que j'ai pris connaissance de ton analyse
socio-politique de la société dirigeante de notre pays. Je ne peux que
t'approuver dans le sens de ta démarche.
Toutefois, la citation introductive de J. Romain me semble quelque peu
inadaptée. A mon sens, discuter des idées n'est pas l'apanage de
l'élite, bien au contraire c'est de la base que jaillit la lumière née
de la souffrance et des manquements.
Parce qu'il ne faut pas non plus croire que l'individu lambda ne se
limiterait dans sa réflexion à discuter des évènements et des personnes.
Encore, faudrait-il introduire cette citation dans un contexte bien
approprié...
Etant dans ce monde des idées, il m'était légitime de réagir en
soumettant ma pensée: qu'il ne faille pas hiérarchiser ceux qui
débattent des idées, des évènements ,et des personnes. Car tout cela est
lié.
Si cette citation est un rappel au devoir vis à vis de certains
décisionnaires de notre " Etat"
elle est tout à fait pertinente. Par contre, il nous revient à tous et
sans exception de réfléchir afin de trouver les voies et moyens de
sortir de cette situation d'infécondité.
Merci à toi et que beaucoup d'autres réfléchissent comme toi.
Thierry
Naka
(24/05/2008) : Mon très cher Jean-Bruno,
Quand même les linguistes qui s'intéressent à "ce que parler veut dire "
savent que les mots traduisent souvent les maux et que leur choix n'est
jamais au hasard.
Le poids des mots, le choc des idées face à ce malaise de la
civilisation, ce drame humain qui plombe tout une nation, je ne vois
rien « d'inadapté ». Susciter le débat est mon objectif principal et cet
objectif me semble atteint à lire ton intervention.
En conséquence, j'assume pleinement les propos utilisés. Le débat est
appelé est à être élevé de façon irrémédiable tout en associant, soit,
ces « détails » que tu pointe du doigt. La problématique demeure entière
et attend toujours et toujours des solutions. « Il ne faut pas
hiérarchiser tel ou telle chose? ».
Ce sont des « il ne faut pas ! » qui ont conduis ce pays droit dans le
mur. D'autre part, mes propos ne visent pas en particulier les dirigeant
de « l'état ». En quoi consiste cette démarche de transgression ? si
cela relève du sens de la perception alors je ferai une explication de
texte à ta convenance.
Ne peut-on pas parler d'élite sans être taxé d'élitiste. Que veut dire
le mot élite ?
« Groupe considéré comme ce qu'il y a de meilleur, de plus distingué par
ses grandes qualités? ». Alors, le pays se passerait de ceux là et les
réflexions, les principes, les concepts qui baliseraient l'avenir de la
nation ne relèveraient pas d'eux ? C'est une véritable révolution dans «
ton monde des idées ».
Plus sérieusement, ce pays a formé et continu de former des cadres qui
n'ont pas l'esprit qui permette des réflexions poussées par rapport à
l'environnement et aux grands axes pouvant développer le pays. L'absence
de vision prospective et le manque de recherche de l'excellence sont des
facteurs déterminants contre le développement.
En tout les cas, merci Jean-Bruno pour ta réaction et au plaisir de
débattre à nouveau sur ce site avec toi. Ta contribution au débat
demeure nécessaire.
Puisse un jour ce pays retrouver le chemin de l'effort, de la paix et du
progrès.
Igor
Natalo
(27/02/2010) : pouvez vous me parler sur les facteurs ayant marqué
notre société?
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